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Nous n’avons pas perdu notre Eurydice !

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Rennes. Opéra. 6-X-2009. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, tragédie-opéra en 3 actes, sur un livret de Pierre-Louis Moline. Avec : Luc Robert, Orphée ; Marie-Adeline Henry, Eurydice ; Malia Bendi Merad, l’Amour. Chœur de l’Opéra de Rennes (chef de chœur : Gildas Pungier), Orchestre Symphonique de Bretagne, direction musicale : Dirk Vermeulen.

Orphée et Eurydice en version de concert, quelle originalité ? Le fait simplement qu’ici on ne donne ni la version italienne de 1762, ni la version «Marie-Antoinette» de 1774, ni la révision Berlioz.

Non, l’Opéra de Rennes redonne vie, suite à un travail musicologique approfondi, à la version Opéra de Paris conçue en 1824 pour Adolphe Nourrit. Alain Surrans, qui signe, avec son habituelle érudition, le texte de présentation, insiste sur l’adaptation du rôle titre à l’évolution de la conception de la voix de ténor dans l’opéra français, le rendant de fait plus viril.

Toutefois, le héros de cette partition ensorcelante reste l’orchestre. Sous la direction d’un expert tel que le remarquable , l’Orchestre de Bretagne ne faillit absolument pas à la tâche. Le chef flamand impose en effet une lecture alerte de la partition, ménageant le contraste et soignant le détail, emmenant du regard et du geste des forces enthousiasmées. Les chanteurs sont attentivement soutenus tandis que les pages orchestrales soulignent la virtuosité et le plénitude sonore de la formation bretonne : les cordes sont irréprochables, les trombones orgueilleux et le flûtiste soliste, Eric Bescond, dessine d’aériennes volutes. L’évocation des spectres, au deuxième acte, est d’un dramatisme aussi remarquable que l’accompagnement poétique réservé aux solistes.

, invité régulier de la scène rennaise, aborde Orphée avec une voix ample et généreuse. Il intériorise brillamment les tourments de son personnage. Toutefois, au regard d’une prestation impressionnante, il faut convenir que le ténor ne semble pas évoluer, dans un premier temps, dans son répertoire stylistique, plus verdien que glückiste, et tendu dans la vocalise. Toutefois, au troisième acte, sans doute au contact d’une remarquable Eurydice, il allège l’émission et émeut. Malgré nos réserves, nous saluons sans réserve un chanteur implique et généreux.

Malia Beni Merad signe une prestation sobre et sans relief, avec un certain manque de séduction dans le timbre et une raideur dans l’expression. Au contraire, impose son port altier, son timbre captivant et son chant puissant, pour s’imposer en Eurydice comme la triomphatrice vocale de la soirée. La diction reste perfectible, mais nous tenons ici une interprète de très haut niveau, dont nous attendons avec impatience la suite de la carrière.

Nous étions sur le point d’oublier la remarquable prestation des chœurs, très bien préparés une fois de plus par Gildas Pungier. Ils contribuent eux-aussi au succès d’une soirée qui souligne, s’il en était besoin, le génie dramatique et lyrique de M. Christoph Willibald Glück. Honte aux piccinistes…

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Rennes. Opéra. 6-X-2009. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, tragédie-opéra en 3 actes, sur un livret de Pierre-Louis Moline. Avec : Luc Robert, Orphée ; Marie-Adeline Henry, Eurydice ; Malia Bendi Merad, l’Amour. Chœur de l’Opéra de Rennes (chef de chœur : Gildas Pungier), Orchestre Symphonique de Bretagne, direction musicale : Dirk Vermeulen.

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