Mikaïl Rudy : « l’impatience de vivre »

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Avignon. Opéra-Théâtre. 09-X-2009. Eric Tanguy (né en 1968) : Incanto. Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 16. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°3 « Eroica » en mi bémol majeur op. 55. Mikhaïl Rudy, piano. Orchestre Lyrique de Région Avignon Provence, direction : Jonathan Schiffman

Le Roman d’un pianiste, l’impatience de vivre, tel est le titre de l’autobiographie de , provisoirement épuisée mais bientôt rééditée avec 5 CD (Emi, Le piano romantique).

C’est à cette «impatience de vivre» que nous pensions en regardant le soliste jouer les yeux fermés, un sourire flottant sur les lèvres, la tête accompagnant imperceptiblement le rythme des autres musiciens. A neuf ans il avait fait ses débuts sur scène, précisément avec le premier mouvement de ce Concerto pour piano et orchestre de Grieg, et depuis lors le pianiste et l’œuvre ne se sont jamais quittés. Le doigté est souple, le phrasé léger, c’est tout un bouquet de souvenirs qui court sur le clavier. a raison quand il affirme que toute œuvre qu’il interprète devient sienne ; il se l’approprie, puis la livre au public dans une pudique authenticité. Et l’accord est parfait entre lui et l’Orchestre d’Avignon-Provence, auquel il avait déjà répondu présent pour le grand concert de soutien d’octobre 2008, et avec lequel il avait plusieurs fois joué dans les années passées. Avec évidence et simplicité, et d’une qualité irréprochable. Deux rappels lui permettent de nous offrir avec gourmandise deux solos : le solo magique d’une Nocturne de Chopin, puis le solo virtuose de l’Etude pour huit doigts de Debussy.

Le Concerto de Grieg était suivi, en seconde partie, de la célèbre Symphonie Héroïque de Beethoven ; dans un XIXe siècle qui fut autant politique et social que romantique, son appellation de «héroïque» est une antiphrase : œuvre magistrale ébauchée d’abord à la gloire de Bonaparte, Beethoven la termina en protestant contre la dérive autocratique de Napoléon. L’orchestre en a donné une version tonique et sobre, ample et fine à la fois, qui fait honneur à cette œuvre magistrale, et qui ouvre en beauté cette saison symphonique.

L’ouverture du concert, Incanto, œuvre de 2002, était due à Eric Tanguy, jeune compositeur qu’on retrouvera en clôture de la saison, le 11 juin, dans un tout autre registre avec son Adagio pour cordes. Notre appréciation d’Incanto, avouons-le, tient plus de l’intérêt intellectuel que de l’adhésion artistique, même si les musiciens, percussions entre autres, nous ont régalés ! Nous avons pour notre part besoin d’inscrire dans le temps notre rencontre avec une œuvre : il nous faut l’apprivoiser, comme un renard ou une rose, pour espérer nouer avec elle un vrai dialogue…

Mais grâce soit rendue à , qui offre depuis deux ans une œuvre contemporaine dans chacune de ses soirées symphoniques ; le public, mis en appétit désormais, attend avec curiosité la «surprise du chef» ! Le chef nous l’a encore répété en souriant à la fin de la soirée : «Si l’on ne veut écouter que du classique, autant rester chez soi avec un disque…»

Crédit photographique : Mikhail Rudy © DR

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