Cycle Xenakis / Stravinsky, duel au sommet

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Cité de la Musique. 16-X-2009. Igor Stravinsky (1881-1971) : Suite n°2 ; Capriccio pour piano et orchestre ; Symphonie de Psaumes ; Iannis Xenakis (1922-2001) : Synaphaï ; Métastasis. Georges Pludermacher, piano. Chœur de l’Orchestre de Paris (chefs de chœur : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain), Orchestre national d’Ile de France, direction : Yoel Levi.

Au-delà d’une thématique intéressante, force est de constater que les divers programmes proposés au cours du cycle Stravinsky/ Xenakis de la Cité de la Musique sont alléchants autant qu’audacieux. Ainsi de ce concert, qui regroupait un nombre important d’œuvres des deux compositeurs, et pas des moindres.

Si la Suite n°2 de Stravinsky ne peut pas être considéré comme un chef d’œuvre, elle constitue en revanche une mise en bouche des plus agréables. Cette œuvre au second degré, d’une technique irréprochable, bien interprétée, témoigne d’un Stravinsky cabotin, proche de Poulenc pour l’esprit et le style – très peu russe, en somme. Le Capriccio suivant était lui au contraire typiquement de son auteur : ascétique, original, parfois pompeux. On y déplorait en ce qui concerne l’interprétation le jeu du soliste, George Pludermacher. Celui-ci prenait tellement au pied de la lettre le parti pris stravinskien de l’objectivité qu’il en devenait sec, fatiguant l’auditeur autant que ses partenaires, si l’on en croit le manque de cohésion d’ensemble au cours du premier mouvement.

Dans Synaphaï au contraire, le concerto de Xenakis, George Pludermacher faisait montre d’une grande musicalité, dessinait des phrases… bref, faisait de la musique, pourtant dans un cadre beaucoup plus contraignant. À la limite de l’axiome, cette œuvre expose en effet de la manière la plus impudique (et laborieuse) le projet du compositeur, pupitre après pupitre, famille après famille, le tout entrecoupé d’interventions solistes.

Avec Métastasis, le cours de la soirée allait changer radicalement. L’œuvre possède un potentiel de fascination immense, et si l’on est loin du tollé provoqué lors de la création, on peut dire qu’elle ne laisse pas indifférent. De coupe classique, Métastasis fait dialoguer les extrêmes, des sortes d’études pour glissandi de cordes, avec une assez longue partie centrale, écrite selon les codes de la série généralisée (c’est-à-dire étendue à l’ensemble des paramètres du son). Cette technique très particulière, immédiatement audible, sonne comme sonnerait un corps étranger, bien qu’elle soit réinterprétée avec brio par le compositeur. L’Orchestre d’Île-de-France s’y révélait d’une clarté et d’un engagement tels qu’il emportait notre conviction.

Mais le moment attendu par tous était encore à venir, avec la Symphonie de Psaumes. Une œuvre profonde, originale, d’une portée émotionnelle rare, et pourtant sans fioritures : du meilleur Stravinsky. Là encore, l’orchestre s’y signalait par un engagement sans faille, cependant que le chœur suivait à grand peine, visiblement dérouté parfois par la subtilité de l’écriture. Ainsi dans la partie centrale «Expectans expectavi Dominum», fuguée, les divers pupitres se noyaient dans la polyphonie du discours. La toute fin cependant était on ne peut plus réussie : sorte de péroraison glacée et lancinante de l’ensemble de l’œuvre, égale en intensité à la fin des Noces du même Stravinsky.

Malgré l’éclectisme du programme et les quelques flottements dans l’interprétation, ce concert de haute tenue nous a réjoui.

Crédit photographique : photo © Christian Steiner

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