La Scène, Opéra, Opéras

Hindemith à la Péniche-Opéra, éloge de la brièveté

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Paris, Péniche-Opéra. 20-X-2009. Paul Hindemith (1895-1963) : Hin und Zurück* op. 45a [Aller et retour], «Sketch avec musique» en une scène sur livret de Marcellus Schiffer (version arrangée pour 9 instruments par Paul Hindemith) ; Das lange Weihnachtsmahl** [Le long dîner de Noël], opéra en un acte sur livret en anglais et allemand d’après Thornton Wilder (version transcrite pour 9 instruments par Lionel Peintre). Direction musicale, transcription et traduction en français : Lionel Peintre ; Dramaturgie : Dorian Astor ; mise en scène : Mireille Laroche ; chorégraphie et assistanat à la mise en scène : Francesca Bonato ; scénographie : Alexandre Heyraud ; costumes : Danièle Barraud ; lumières : Michel Theuil ; conception et création vidéo : Francesca Bonato et Tito Gonzales. Avec : Nicholas Gambotti, Robert* / Roderick II** ; Blandine Folio-Peres, La tante* / Mère Bayard / Ermengarde** ; Nathalie Gaudefroy, Hélène* / Léonora** ; Christophe Crapez, le Sage* / Charles** ; Bénédicte Tauran, Lucia I et Lucia II** ; Paul-Alexandre Dubois, le Brancardier* / Brandon** ; Marie Gautrot, Geneviève** ; Matthieu Lecroart, le Docteur* / Roderick** / Sam** ; Francesca Bonato, la femme de chambre* / la nurse**. Orchestre imaginaire : Anne-Sophie Garber-Kastel, flûte ; Jérôme Schmitt, clarinette ; Jacky Kohn, saxophone ; Sylvaine Fuster, basson ; Christophe Voituron, trompette ; Michel Zakrewski, trombone ; Morgane Fauchois, claviers

Crédit photographique : © C. Legay

Soirée à la Péniche Opéra qui reprend dans ses «murs», du 19 au 24 octobre, le spectacle accueilli par la Cité de la Musique en avril dernier. y met en scène deux opéras de poche rarement donnés du compositeur allemand, Hin und Zurück (Aller-retour) et Das lange Weihnachtsmahl (Le long dîner de Noël) soulevant à leur manière un questionnement singulier sur le temps.

Œuvre de jeunesse (1927) d’une douzaine de minutes, Hin und Zurück s’inscrit dans le mouvement artistique nommé Neue Sachlichkeit (Nouvelle objectivité) né en réaction contre l’expressionnisme. La trame narrative (traduit en français par ) tient ici du drame domestique : un scénario catastrophe réduit à sa plus simple expression. Un mari jaloux – leste – tue sa femme – truculente – lorsqu’elle lui avoue avoir un amant et se jette ensuite par la fenêtre ; apparaît alors un «sage» – impressionnant – qui fait rejouer la scène à l’envers : un «rembobinage» effectué sous nos yeux, dans le temps vécu d’une rétrogradation : «Ma fin est mon commencement» aurait dit Guillaume de Machaut en son temps ! Avec leur nez rouge et leurs gestes d’automate, les six personnages jouent ce «sketch avec musique» sur le mode de la farce de cirque, tel un tour de passe-passe minutieusement réglé par «l’illusionniste» et superbement enlevé par la troupe des comédiens/chanteurs et des sept instrumentistes de l’Orchestre imaginaire qui, installés côté cour, échappent à nos regards.

S’enchaînant sans pause, Le long dîner de Noël induit, comme son titre le laisse présumer, une temporalité toute autre. C’est la dernière œuvre lyrique d’Hindemith que traduit en français et transcrit pour ces mêmes instrumentistes. Il s’agit de condenser en moins d’une heure l’histoire des 90 années d’une famille américaine dont les générations se succèdent autour d’une table dressée pour le repas de Noël. Les personnages semblent tous prisonniers de ce processus cyclique auquel chacun se soumet (sauf le fils rebelle), réitérant les mêmes gestes (couper la dinde) en un rituel vide de sens : le temps file et les images défilent sur les écrans d’un téléviseur, creusant la perspective temporelle ; les êtres passent (onze personnages pris dans cette spirale du temps) et les banalités s’espacent, le mouvement se figeant progressivement dans un silence inquiétant. Tout comme les images, l’écriture musicale, complexe et exigeante, d’Hindemith, balançant entre lyrisme et atonalisme libre, donne du relief à ce ballet de l’absurde, ménageant des décrochements temporels très expressifs ; ainsi ces plages chorales très suspensives (Christmas Carol), redonnant ponctuellement un sens à la voix collective. A la tête de l’Orchestre imaginaire, Fabrice Kastel assume avec brio la complexité d’une telle partition tandis que les huit chanteurs, – qu’accompagne le personnage muet de la nurse / Francesca Bonato – formant un plateau très homogène, accomplissent leur destin, traçant sous nos yeux cet itinéraire de l’échec.

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Paris, Péniche-Opéra. 20-X-2009. Paul Hindemith (1895-1963) : Hin und Zurück* op. 45a [Aller et retour], «Sketch avec musique» en une scène sur livret de Marcellus Schiffer (version arrangée pour 9 instruments par Paul Hindemith) ; Das lange Weihnachtsmahl** [Le long dîner de Noël], opéra en un acte sur livret en anglais et allemand d’après Thornton Wilder (version transcrite pour 9 instruments par Lionel Peintre). Direction musicale, transcription et traduction en français : Lionel Peintre ; Dramaturgie : Dorian Astor ; mise en scène : Mireille Laroche ; chorégraphie et assistanat à la mise en scène : Francesca Bonato ; scénographie : Alexandre Heyraud ; costumes : Danièle Barraud ; lumières : Michel Theuil ; conception et création vidéo : Francesca Bonato et Tito Gonzales. Avec : Nicholas Gambotti, Robert* / Roderick II** ; Blandine Folio-Peres, La tante* / Mère Bayard / Ermengarde** ; Nathalie Gaudefroy, Hélène* / Léonora** ; Christophe Crapez, le Sage* / Charles** ; Bénédicte Tauran, Lucia I et Lucia II** ; Paul-Alexandre Dubois, le Brancardier* / Brandon** ; Marie Gautrot, Geneviève** ; Matthieu Lecroart, le Docteur* / Roderick** / Sam** ; Francesca Bonato, la femme de chambre* / la nurse**. Orchestre imaginaire : Anne-Sophie Garber-Kastel, flûte ; Jérôme Schmitt, clarinette ; Jacky Kohn, saxophone ; Sylvaine Fuster, basson ; Christophe Voituron, trompette ; Michel Zakrewski, trombone ; Morgane Fauchois, claviers

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