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Opéras de Haendel en brique historique

À emporter, CD, Opéra

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Rinaldo, opéra en trois actes, livret de Giacomo Rossi : Giulio Cesare, opéra en trois actes, livret de Nicola Francesco Haym ; Tamerlano, opéra en trois actes, livret de Nicola Francesco Haym ; Rodelinda, Regina de Langobardi, opéra en trois actes, livret de Nicola Francesco Haym ; Alessandro, opéra en trois actes, livret de Paolo Antonio Rolli ; Lotario, opéra en trois actes, livret de Giacomo Rossi ; Partenope, opéra en trois actes, livret de Silvio Stampiglia ; Serse, opéra en trois actes. Avec : La Grande Écurie et la Chambre du Roy, direction : Jean-Claude Malgoire (Rinaldo, Tamerlano, Serse) ; New York City Opera Orchestra, direction : Julius Rudel (Giulio Cesare) ; La Stagione, direction : Michael Schneider (Rodelinda) ; La Petite Bande, direction : Sigiswald Kuijken (Alessandro, Partenope) ; Il Complesso Barocco, direction : Alan Curtis (Lotario). 22 CD. Sony Music 88697489402. Code-barre : 88697 489402. Enregistré de 1967 à 2004. Qualité d’enregistrement : non précisée. Notice de présentation trilingue (anglais, allemand et français). Durée : 22h34

 

Réalisés entre 1967 et 2004, les enregistrements réunis dans cet élégant coffret conçu par Sony Music pourraient presque se lire, ou s’écouter, comme une anthologie de l’interprétation des opéras haendéliens au cours de la deuxième moitié du XXe siècle. Ainsi, le Giulio Cesare dirigé par Julius Rudel, dans la foulée des fameuses représentations du New York City Opera, atteste encore l’ancienne manière initiée dans les années 1920 – instruments modernes tonitruants, voix transposées à l’octave, coupures, etc. –, au moment où l’on commençait tout juste à redécouvrir le répertoire haendélien. chante ainsi Cléopâtre comme s’il s’agissait de Lucia ou d’Ophélie, Norman Treigle s’acquitte de Jules César comme il ferait pour Méphisto ou Iago, etc. Heureusement, il y a , plus spécialisée dans le registre baroque, pour donner un peu de dignité à Cornelia, de même que Beverly Wolf qui montre elle aussi une certaine authenticité en Sesto. L’orchestre, au son d’une autre époque, parvient néanmoins, et avec quel panache, à souligner les éléments dramatiques de la partition.

Après les excès dans l’opulence sonore et vocale, on innova dans l’économie des effectifs et des volumes, prétextant la recherche de timbres authentiques au niveau de la voix comme des instruments. Ce fut l’époque des voix trop petites et des orchestres maigrelets et anémiés dont l’emploi était justifié par une conception exclusivement chambriste de l’opéra haendélien, trop souvent traité comme s’il s’agissait d’une cantate à plusieurs voix. Il est vrai que dans la plupart des cas, en l’absence de mises en scène récentes, on sous-estimait encore le potentiel théâtral de ces ouvrages, auquel on ne croyait pas véritablement, même si certains metteurs en scène influents commençaient à s’intéresser au répertoire baroque : on pense avec nostalgie à l’Alcina mise en scène par à Aix en 1978. Ce fut ainsi l’époque des enregistrements comme ceux de (Alessandro, Partenope), desservis par des distributions dramatiquement insuffisantes, même si sur le plan purement technique la plupart des chanteurs étaient généralement aptes à restituer fidèlement la partition, ce qui n’était pas toujours le cas des générations précédentes, pas toujours rompues à l’art de la vocalise et de l’ornementation. Mais et Herni Ledroit n’étaient pas Senesino, et n’était pas la Cuzzoni… La Rodelinda de Michael Schneider, avec une distribution sans doute idéale pour réussir une belle Passion de Bach (Schlick, Cordier, Prégardien…), est tout à fait du même tonneau…

Depuis la fin des années 1990, on s’est habitué à entendre des plus grandes voix dans l’opéra haendélien, et les Fleming, Dessay, Von Otter, Graham et autres straussiennes confirmées cohabitent désormais volontiers avec les contre-ténors et les chanteurs véritablement spécialistes du baroque. , malgré sa mollesse caractéristique au pupitre, sait ainsi choisir des interprètes au format vocal adéquat, comme le montre par exemple le présent enregistrement de Lotario, avec une Kermes survoltée (comme à l’accoutumée…), mais aussi des chanteurs à la voix assurée et au style confirmé, comme ici , , Vito Priante, etc. Mais le problème, évidemment, reste la direction peu théâtrale d’

Finalement, ce sont peut-être deux des enregistrements dirigés ici par , Rinaldo et Serse, qui ont le moins vieilli, davantage sans doute pour leur distribution, parfois proche de l’idéal, que pour leur direction d’orchestre, parfois appliquée. Carolyn Watkinson est ainsi irréprochable dans les deux rôles éponymes, grâce à son timbre androgyne capable de vaillance quand il le faut. Très belles prestations également des sopranos ( en Almirena, et Anne-Marie Rodde dans les deux sœurs de Serse) ainsi que des contre-ténors, cantonnés dans les rôles du secondo uomo (, Charles Brett). Une mention spéciale pour la basse Ulrik Cold, particulièrement satisfaisante.

Depuis, la plupart de ces opéras ont été réenregistrés à la lumière des différents progrès accomplis dans notre perception et notre compréhension du répertoire haendélien. Dans bien des cas, les nouvelles gravures auront détrôné leurs devancières. Les nostalgiques de la découverte de l’opéra baroque éprouveront néanmoins beaucoup de plaisir à réentendre ces enregistrements qui, à n’en pas douter, sauront encore leur réserver de belles émotions.

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