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Monteverdi pour ouvrir le bal des 30 ans

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Cité de la Musique. 07-XI-2009. Claudio Monteverdi (1567 – 1643) : Madrigaux, Livre VI. Miriam Allan, soprano. Hannah Morrison, soprano. Maud Gnidzaz, soprano. Paul Agnew, ténor. Sean Clayton, ténor. Lisandro Abadie, basse. Les Arts Florissants, direction : Paul Agnew

Les trompettes et timbales viendront plus tard ; c’est avec l’intimité des madrigaux de Monteverdi que ont choisi d’ouvrir le bal des célébrations de leur 30 ans d’existence, premier concert du cycle «Le Baroque revisité» à la Cité de la Musique de Paris. Réuni en petit comité (7 chanteurs et 4 instrumentistes) et privé du vénérable William Christie, l’Ensemble a réalisé samedi soir une véritable démonstration de qualité devant une salle pleine à craquer.

Quoi de mieux, en effet, que l’exigeant Livre VI des Madrigaux de Monteverdi pour mettre à l’épreuve l’excellence d’un tel ensemble ? D’autant plus que , ténor devenant de plus en plus chef, a préféré laisser de côté les instruments dans le fameux Sestina, pour accentuer encore davantage l’atmosphère intimiste de ce long madrigal en 6 parties, interprété en demi-lune dans la quasi-obscurité. Les voix mises à nu, l’auditoire a pu apprécier la parfaite maîtrise du quintette vocal, dans une acoustique impardonnable ; chaque consonne qui déborde, chaque inflexion de voix déplacée se fait forcément entendre. Pleinement investis dans ce «requiem profane» à la fois dramatique et recueilli, les chanteurs ont su trouver le parfait dosage entre l’homogénéité collective et l’affirmation expressive de chaque voix.

Mais la magie avait opéré dès les dissonances d’ouverture du livre VI des madrigaux de Monteverdi, dans le Lamento d’Arianna. En deux accords Les Arts Florissants nous ont immédiatement plongés dans la Venise d’il y a 400 ans. Alors que les premiers livres de madrigaux sont composés pour chœur a cappella, Monteverdi intègre une basse continue à partir du livre V, un véritable tournant dans l’histoire de la musique. Dans ce livre VI, caractérisé par la thématique du deuil amoureux, les chanteurs sont accompagnés d’une harpe, d’un théorbe, d’un archiluth et d’un clavecin.

On ne trouve rien à redire à leur prestation à tous points de vue exemplaire : expressivité, nuances, projection… Tout était merveilleusement bien en place. Certains pourront toujours émettre des préférences pour l’un ou l’autre chanteur, mais l’ensemble pris comme un tout mérite toutes les louanges.

On regrette toutefois que l’entracte nous ait tirés si cruellement de ce voyage au cœur l’âge d’or de la Renaissance vénitienne, surtout qu’il ne restait qu’une poignée de madrigaux pour la deuxième partie, soit une vingtaine de minutes de musique à peine…

En 30 ans, William Christie et ses Arts Florissants ont interprété des pans entiers de merveilles musicales connues et moins connues. Grâce à eux, le répertoire de la musique baroque s’est considérablement enrichi et l’interprétation s’est dotée d’une esthétique nouvelle. Souhaitons-leur donc un très bon anniversaire et une très longue continuation !

Crédit photographique: © Sandrine Expilly

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