La Scène, Opéra, Opéras

Une Cantatrice scalpée

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Montpellier. Opéra Comédie. 06-XII-2009. Gérard Calvi (né en 1922) : La Cantatrice chauve, opéra anglais sur un livret d’Eugène Ionesco (création mondiale). Mise en scène : Ruxandra Hagiu. Décors : Philippe Miesch. Costume : Isabelle Mathieu. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Ronan Debois, M. Smith ; Rachèle Pelletier Tremblay, Mme Smith ; Olivier Dumait, M. Martin ; Muriel Souty, Mme Martin ; Sarah Pagin, Mary, la bonne ; Franck Cassard, Le capitaine des pompiers. Philharmonie de chambre de l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Samuel Jean.

La Cantatrice Chauve

Le choix de , pour cette nouvelle adaptation de La Cantatrice Chauve en opéra, a été d’utiliser pour son livret le texte de la pièce tel quel. C’est un pari risqué, car la pièce est à la fois relativement connue du grand public et puissante de par son texte. Le risque est donc, si la musique est trop peu présente ou si elle n’a pas assez d’intérêt, qu’elle soit littéralement submergée par le texte, et que l’on ait finalement l’impression d’être simplement au théâtre. Et c’est en quelque sorte ce qui se passa dans cet opéra, où la musique composée par , pour formation réduite, fut en général plaisante, avec quelques trouvailles agréables, mais n’ayant pas suffisamment de corps, de portée, elle ne marque pas vraiment l’auditeur. De plus, ici, la mise en scène, très chargée, prenait toute la place, étouffant presque le public sous son trop-plein d’information, et détournait son attention d’envers la musique. Et étant donné que la mise en scène fut le principal point noir de l’opéra, il va sans dire que la séance fut douloureuse.

Ruxandra Hagiu nous en effet a prouvé que oui, il est possible de mettre en scène un opéra sans avoir compris quoi que ce soit à son livret. Sa mise en scène comporte en effet de nombreux gros contresens, ce qui laisse planer un doute sur sa connaissance et sa compréhension de La Cantatrice chauve. De plus, elle utilise le caractère absurde de la pièce pour dénoncer l’absurdité de la télévision moderne, ce qui semble extrêmement tiré par les cheveux, et ce n’est pas son argument obtus (à lire dans le programme) qui convainc l’auditeur. Et donc, dans cette optique, M. et Mme Smith sont des présentateurs de télévision, et M. et Mme Martin des politiciens : le caractère anonyme des personnages, qui peuvent être n’importe qui, et alors d’ores et déjà perdu. Les relations entre ces personnages, et en particuliers les tensions qui animent leur soirée, surtout vers la fin de la pièce, n’est pas comprise. Le capitaine des pompiers, grimé en une sorte de Raël, se drogue à la cocaïne dans une soirée «mode» où des personnages, rajoutés par rapport au texte de la pièce, se promènent à moitié nus, séduisant tels des sirènes muettes les principaux protagonistes. Pour l’auditeur ne connaissant pas la pièce, la prise de drogue peut justifier les dialogues sans queue ni tête, et tout le message que la pièce tente de faire passer disparaît alors. Et la liste se prolonge, mais pourtant, quelques trouvailles étaient à noter, comme la présence d’horloges retournées indiquant des heures absurdes, les surtitres, qui, vers la fin de l’opéra, deviennent, eux aussi, fous, ou , convaincante en bonne bimbo.

Et c’est dommage, car les chanteurs étaient honorables, en particulier Rachèle Pelleter Tremblay (Mme Smith) qui se sort bien d’une partition demandeuse, et (Mme Martin) qui, malgré un certain manque de puissance dont souffre aussi (le Capitaine des Pompiers) possède un jeu d’actrice plaisant. Mais eux aussi sont, malheureusement, étouffés par la mise en scène.

Tout cela pour dire que, si les gens qui découvraient ce soir-là la pièce rirent probablement de bon cœur et passèrent un bon moment, ceux qui savent de quoi parle vraiment La Cantatrice chauve, œuvre tendue et angoissante d’un dramaturge fondamentalement pessimiste, se sentirent probablement outrés et trahis, sentiments auxquels s’ajoute également l’agacement de voir à quel point une œuvre peut être complètement distordue par une mise en scène qui, au final, la fait mentir sur elle-même, et induit le public en erreur. Et s’il vous plaît, Ruxandra Hagiu, la prochaine fois que vous voudrez faire passer un message au public sur un sujet qui vous est cher, n’utilisez plus une pièce de théâtre existante, au risque de la réduire et de déformer son propos, et contentez-vous d’écrire votre propre pièce. Merci.

Crédit photographique : DR

orchestre national de Montpellier-Languedoc Roussillon

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Montpellier. Opéra Comédie. 06-XII-2009. Gérard Calvi (né en 1922) : La Cantatrice chauve, opéra anglais sur un livret d’Eugène Ionesco (création mondiale). Mise en scène : Ruxandra Hagiu. Décors : Philippe Miesch. Costume : Isabelle Mathieu. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Ronan Debois, M. Smith ; Rachèle Pelletier Tremblay, Mme Smith ; Olivier Dumait, M. Martin ; Muriel Souty, Mme Martin ; Sarah Pagin, Mary, la bonne ; Franck Cassard, Le capitaine des pompiers. Philharmonie de chambre de l’Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Samuel Jean.

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