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Le Mahler Project du Concertgebouw passait par Paris

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Paris. Salle Pleyel. 17-XII-2009. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°2 en ut mineur « Résurrection ». Ricarda Merbeth, soprano ; Bernarda Fink, mezzo-soprano. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer). Orchestre royal du Concertgebouw Amsterdam, direction : Mariss Jansons

C’était sans doute un des concerts les plus attendus de la saison musicale, puisque complet depuis un bon moment, chose assez rare en ces temps de crise économique où indécis et autres distraits ont encore la possibilité d’acheter leurs billets au dernier moment. Mais pas cette fois-ci pour la venue, il est vrai, d’un orchestre, le Concertgebouw, et d’un chef, , tous deux candidats bien officieux au titre tout aussi officieux de «meilleur du moment».

Le Mahler Project du Concertgebouw est une série de trente deux concerts (à ce jour) commencée le 30 septembre 2009 avec Daniel Harding et la Symphonie n°1, qui verra l’orchestre amstellodamois jouer, dans l’ordre chronologique, l’intégrale des symphonies de Mahler, avec différents chefs dans différentes villes, jusqu’au 30 juin 2011 avec la Symphonie n°10 dirigée par Eliahu Inbal. Ainsi le concert du soir était déjà donné à Amsterdam (les 3, 4 et 6 décembre) puis à Londres (le 13) et au Musikverein de Vienne la veille même du concert parisien, qui était donc le dernier de la série consacrée à la Symphonie n°2. La distribution était identique dans chaque ville sauf pour le chœur, à chaque fois un ensemble local, ce soir l’excellent chœur de Radio-France.

C’est dans une forêt de micros, ceux de France-Musique qui diffusera le concert le 13 janvier prochain, et avec un salvateur quart d’heure de retard donnant une chance aux victimes de difficultés de transport d’atteindre leur place avant le début du long premier mouvement, que Maris Jansons lança ses douze violoncelles et ses huit contrebasses à l’assaut de l’Allegro maestoso avec une douceur relative teintée d’une certaine neutralité assez surprenante, refusant ainsi de nous saisir aux trippes dès cette introduction, du coup mois spectaculaire que de coutume. Si on pouvait se sentir ainsi légèrement frustré, la suite allait nous montrer la logique de ce choix, car si la première citation de ce thème voit les cinq premières notes indiquées fff et la suite seulement ff, c’est bien entièrement fff que ce thème reviendra par la suite et le choix du chef fit que cette nuance fut clairement perceptible. Il en alla ainsi tout au long du concert où il apparut évident que Jansons allait nous donner une lecture scrupuleuse, au plus près du texte et de ses nombreuses indications, fuyant le théâtral et le spectaculaire au profit du musical, privilégiant les équilibres sonores et la progression dans les longs mouvements, le respect des nuances et des contrastes, n’hésitant pas à retenir le tempo ici ou à le fouetter ailleurs dans une imparable logique musicale, essayant et réussissant haut la main d’éviter toute lourdeur ou sensation de redite, donnant à son exécution une évidente élégance au prix parfois d’un léger déficit de caractère. Ce n’était donc pas dans l’immédiateté de chaque phrase qu’il fallait chercher la logique directrice mais bien dans la construction d’un tout cohérent, où la trajectoire de chaque mouvement et de l’œuvre entière, qui tendait ici plus que chez d’autres vers son final, était parfaitement mise en évidence. Pour réussir une telle entreprise il fallait un orchestre de premier ordre et le Concertgebouw fut, comme prévu, à la hauteur de la tâche. On ne reviendra pas sur les qualités de cet orchestre déjà relevées plus d’une fois dans ces colonnes, citons simplement, et pour l’exemple, un formidable ensemble de trombones capable d’unissons d’une infinie douceur comme de fulgurants déchainements contrôlés.

La cohésion symphonique cherchée par le chef s’exprimait aussi par les deux chanteuses placées au chœur de l’orchestre et non l’avant scène. Ainsi toute sensation de lied inséré au milieu d’une symphonie n’existait plus, le texte parlé devenait émotion musicale, ce que la mezzo réussit fort bien avec une sobriété de ton parfaitement en situation. Moins sollicité par le verbe, la soprano remplit sa tâche avec simplicité.

Comme on pouvait s’en douter, le final avec chœur évita tout aspect pompeux et donna littéralement le frisson tant attendu, grâce aussi à une très remarquable lisibilité des différentes voix du chœur de Radio-France, concluant en beauté une interprétation de haute volée. Qui fut sans doute un modèle d’exécution comme de logique musicale, et où nous ne ferons que deux petites réserves. La première, comme déjà signalée, fut un léger déficit de caractère ici ou là. Et la seconde, sans doute liée à l’acoustique du lieu, fut une tendance à la désagréable saturation des fréquences aigues sur certains fortissimo, phénomène sans doute inconnu dans l’habituelle salle de l’orchestre, comme dans le Musikverein viennois où l’orchestre jouait la veille encore, problème que Simon Rattle jouant la même œuvre dans la même salle quelques mois auparavant avec ses berlinois avait encore moins réussi à maitriser.

Crédit photographique : Maris Jansons © Marco Borggreve

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Paris. Salle Pleyel. 17-XII-2009. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°2 en ut mineur « Résurrection ». Ricarda Merbeth, soprano ; Bernarda Fink, mezzo-soprano. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Matthias Brauer). Orchestre royal du Concertgebouw Amsterdam, direction : Mariss Jansons

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