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Sandrine Piau, gala d’opéra à Hambourg

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Metz. Arsenal. 17-I-2010. Johann Christian Schiefferdecker (1679-1732) : Suite en la mineur (ouverture, chaconne) ; Reinhard Keiser (1674-1739 : extraits des opéra Die verdammte Staat-Sucht oder Der verführte Claudius, Crœsus et Prinz Jodelet ; Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto en mi mineur pour flûte à bec, flûte traversière, cordes et basse continue (Largo, allegro, largo, presto) et extraits de l’opéra Orpheus ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : extraits de l’opéra Almira et de l’oratorio Il trionfo del tempo e del disinganno. Avec Sandrine Piau, soprano. Akademie für Alte Musik Berlin, premier violon : Georg Kallweit

Encore un très beau programme thématique que celui entendu lors de ce concert proposé par et l’. Entièrement centré autour de la vie musicale à l’Opéra de Hambourg autour de 1700, le fameux Gänsemarkt hanséatique auquel contribuèrent des compositeurs aussi prestigieux que Telemann, Keiser, Mattheson et, «last but not least», Haendel en personne, ce programme conçu autour de pages généralement peu connues fut l’occasion pour le public de découvrir un répertoire lequel, lorsqu’il est confié à des mains aussi expertes, ne demande qu’à être exhumé. Certes, toutes les pièces entendues lors de ce concert ne sont pas de la même qualité, mais on rêve néanmoins de réentendre très prochainement un opéra entier de Reinhard Keiser, maître d’œuvre hambourgeois alors que Haendel n’était qu’un jeune musicien débutant. Les airs d’Elmira, extraits de Crœsus, sont de toute beauté, et mériteraient sans doute d’être entendus dans leur contexte dramatique comme cela fut le cas il y a une dizaine d’années lorsque René Jacobs enregistra la partition pour Harmonia Mundi. De façon similaire, même si l’Almira de Haendel a fait autrefois l’objet d’un enregistrement discographique de qualité assez moyenne, on souhaiterait que des chanteuses du calibre de immortalisent pour le disque d’aussi belles pages. Il paraît également urgent de réentendre dans les années à venir cet Orpheus de Telemann, opéra lui aussi autrefois enregistré par René Jacobs mais hélas ignoré depuis par la scène lyrique internationale.

Luxueusement entourée par un des meilleurs orchestres baroques au monde – quelle magistrale interprétation du concerto de Telemann, mille bravos aux flûtistes Anna Fusek et Christoph Huntgeburth ! – Sandrine Piau, avec sa voix petite mais merveilleusement ductile et colorée, excelle dans la majorité de ces airs, même si la pure virtuosité instrumentale convient moins à ses moyens actuels que les longues phrases mélancoliques qui lui donnent l’occasion de sculpter à l’envie la ligne musicale. De façon un peu ironique compte tenu de la nature du programme, ce sont finalement les deux airs extraits de l’unique ouvrage non composé pour Hambourg, Il trionfo del tempo e del disinganno donné à Rome vers 1705, soit peu de temps après le séjour hambourgeois de Haendel, dans lesquels la soprano fut le plus émouvante. Petite déception en revanche avec le «Tornami a vagheggiar» extrait d’Alcina donné en bis, certes musical mais au matériau vocal trop limité. En somme, un splendide programme que l’on souhaiterait voir immortalisé par le CD, en attendant les futures aventures hambourgeoises de ces interprètes d’élection.

Crédit photographique : Sandrine Piau © Antoine Le Grand

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