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Hypnotique Shéhérazade par Krivine et la Chambre Philharmonique

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Paris, Cité de la Musique. 31-I-2010. Modeste Moussourgski (1839-1881) : La Khovantchina, ouverture  ; Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°2 ; Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade. Serguei Kasprov, pianoforte ; Alexander Janiczek, violon ; La Chambre Philharmonique. direction  : Emmanuel Krivine

et la Chambre Philarmonique ont ébloui dans ce programme où s’unissent constructions musicales occidentales, accords slaves et mélodies orientalisantes, le tout interprété avec fulgurance et expressivité.

Le programme s’ouvre sur l’ouverture de La Khovantchina, l’opéra historique exposant l’échec du complot contre le pouvoir impérial de Pierre le Grand. Magnifique alliance de la légèreté des violons frémissants et d’une certaine gravité dans l’interprétation, exposant bien plus que le drame musical, mais toute la profondeur de cet opéra où les drames des personnages sont inséparables des événements historiques russes. Tout comme le soleil se lève sur la place rouge, l’ouverture symbolise à elle seule la naissance d’une Russie nouvelle en cette fin du XVIIe siècle, résolument tournée vers l’Occident.

Par la suite, le splendide Concerto pour piano n°2 de Liszt s’anime et résonne sous les doigts Serguei Kraspov, sublimant cette exaltation toute en contrastes, allant dans les nuances les plus extrêmes, de la simplicité onirique du thème principal, que l’on retrouve aussi dans le Tempo del andante, jusque dans l’énergie presque militaire de l’Allegro decisio, sans parler de l’inoubliable Allegro animato final, où les rythmes bondissants s’achèvent sur des glissandi surprenants de prime abord, mais qui ne déparent pas dans cette épopée grandiose. Face à un tel Concerto, le toucher précis de Serguei Kraspov donne l’impression à l’auditeur de prendre de la hauteur devant la densité de cette musique, tout en soulignant son romantisme, sa noirceur, son exaltation : on ne peut que saluer l’excellente prestation du pianiste, ainsi que celle des musiciens d’orchestre, notamment dans leurs interventions solistes.

Enfin, Shéhérazade vint, comme dans un enchantement, et ce fut un « pur plaisir sonore ». C’est d’abord la géniale construction musicale de Rimski – Korzsakov qui réjouit à chaque fois : cet art de réécrire les thèmes sans jamais les imiter, sans en faire des leitmotivs ; cette façon particulière d’appréhender l’esthétique orientale avec des structures musicales occidentales, soit mille et une façons de faire sonner la musique. C’est l’histoire, bien sûr, que tout le monde connaît, oscillant sans cesse entre l’amour et la mort, d’une jeune femme qui préserve sa vie en sachant manier l’art du discours et de l’intrigue romanesque, jusqu’à faire lever la peine capitale qui pesait sur elle.

La version de Shéhérazade permit à la magie d’opérer : l’orchestre, soudé en une masse compacte, sonore et brillante, plante littéralement le décor, dans le redoutable « thème du sultan », comme dans celui de Shéhérazade, joué avec la grande délicatesse et expressivité récitative du violon solo . Le Prélude, appelé initialement Mer et le bateau de Sindbad, est très impressionnant et vigoureux, et l’on se prête à rêver dans le Récit du Prince Kalender. La mélodie ondulante de Shéhérazade vient ponctuer les différents tableaux, prolongeant encore le récit. La chatoyance sonore du final est un véritable bouquet de feu d’artifice, et l’on se laisse emporter dans ce tourbillon musical. Un peu comme Shéhérazade, réussit encore une fois à envoûter l’auditeur, jusqu’à lui faire presque oublier le sens de l’analyse.

Crédit photographique : photo © Naïve

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Paris, Cité de la Musique. 31-I-2010. Modeste Moussourgski (1839-1881) : La Khovantchina, ouverture  ; Franz Liszt (1811-1886) : Concerto pour piano et orchestre n°2 ; Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade. Serguei Kasprov, pianoforte ; Alexander Janiczek, violon ; La Chambre Philharmonique. direction  : Emmanuel Krivine

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