Orfeo 55 et Nathalie Stutzmann, le profane et le sacré

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Metz. Arsenal. 02-II-2010. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Concerto en sol mineur pour cordes et basse continue RV 156 ; Stabat Mater RV 621 ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto grosso opus 3 n° 4 en fa majeur ; airs extraits des opéras Amadigi, Rinaldo et Rodelinda. Orfeo 55, contralto et direction : Nathalie Stutzmann

Il ne s’agissait pas, avec ce programme exclusivement consacré à Haendel et à Vivaldi, du premier concert donné à l’Arsenal par l’ensemble et son chef attitré, la contralto Nathalie Stutzmann. L’orchestre, en résidence à Metz pour une durée de trois ans, a déjà interprété in loco un programme de cantates et de concerti de Vivaldi, ainsi que les célèbres Salve Regina et Stabat Mater de Pergolèse avec la soprano Lisa Larsson. C’est ici avec un autre «tube» de Vivaldi, le fameux Stabat Mater RV 621, que s’est présentée devant le public messin. La voix, qui a su garder toute sa souplesse malgré le passage des années, possède encore les magnifiques couleurs cuivrées qui l’ont toujours rendue reconnaissable entre toutes, et cela sur toute l’étendue de la gamme. D’une puissance pourtant moyenne, l’instrument se déploie sans problème dans la vaste salle de l’Arsenal, faisant valoir des phrasés qui, avec le temps, ont beaucoup gagné en raffinement, en subtilité, et même en stabilité… Si la plainte et la lamentation conviennent idéalement à cette voix au matériau naturellement sombre, sait également faire vivre les pages les plus dramatiques du chef d’œuvre de Vivaldi, comme par exemple le sublime «Eja mater, fons amoris», chanté d’une voix presque haletante. De telles qualités sont encore davantage mises à profit dans les airs d’opéra de Haendel, tous choisis davantage pour leur pouvoir expressif que pour leur capacité à mettre en valeur la pure virtuosité vocale. On s’étonnera donc du terme «airs de bravoure» utilisé dans le programme… Ainsi, si la vocalise du «Vivi tiranno» de Rodelinda est alerte, l’expressivité presque doloriste du «Cara sposa» de Rinaldo aura encore davantage conquis le public. Le fameux «Ombra mai fu» de Serse donné en bis, époustouflant pour le legato, l’art du crescendo et le contrôle de souffle, était quant à lui une véritable leçon de chant.

Mais si -chanteuse était déjà bien connue du public de Metz, c’est la chef d’orchestre qui continue de forcer la surprise et l’admiration. On se doute bien que la connivence avec les interprètes, pour la plupart de vieux compagnons de route de la chanteuse, est telle que les instrumentistes pourraient sans doute se passer d’être dirigés. Pourtant, il serait vain également de nier que la précision et la souplesse du geste, la cohérence des tempi demandés et la richesse des couleurs obtenue y sont pour beaucoup dans la réussite générale. De toute évidence, il faudra compter dans les années à venir avec le tout nouvel ensemble et sa jeune directrice, qui ont ainsi également, en plus des pages vocales mentionnées plus haut, gratifié le concert d’un très beau concerto grosso de Haendel, ainsi que d’un concerto de Vivaldi plus rarement entendu. Un beau concert, donc, qui aura enthousiasmé le public exigeant de l’Arsenal, et qui augure de belles soirées à venir. Bon vent à .

Crédit photographique : Nathalie Stutzmann © Jean-François Leclercq

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