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Per Nørgård plonge dans la schizophrénie

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Per Nørgård (1932) : Der göttliche Tivoli. Andrea Stadel, Bianca ; Fabienne Jost, Mutti ; Daniel Szeili, Doufi ; Hubert Wild, Adolf Wölfli ; Steffen Kubach, St. Adolf II ; Bern Gebhardt, St. Adolf. Hans-Kristian Kjos Sorensen, Ferdinand Heiniger, Oliver Schär, Daniel Scheidegger, Adrian Schild, Franz Rüfli, percussions ; Matthias Kuhn, violoncelle ; Genova Dessislava, synthétiseur ; direction : Dorian Keilhack. 2 CD Da Capo 6. 220572-73. Code barre : 7 47313 15726 6. Enregistré le 19 septembre 2008 au Stadttheater, Berne. Notice de présentation et livret en anglais, allemand et danois. Durée : 125’06’’

 

Les Clefs ResMusica

En septembre 2008, ResMusica avait rendu compte de la création de ce Göttliche Tivoli à Berne. Avec six chanteurs et un orchestre presque exclusivement composé de percussionnistes, le compositeur danois traduisait les douleurs de la maladie mentale qui étreint Adolf Wölfli, son héros.

Adolf Wölfli nait en 1864. Après une enfance extrêmement malheureuse, avec un père alcoolique emprisonné pour assassinat, une mère qui décède alors qu’il n’a que huit ans et dont il apprend la mort par hasard plusieurs mois après sa disparition, devenu alcoolique lui-même en assistant à des beuveries d’alcools forts dès son plus jeune âge, il a trente-et-un ans quand il est arrêté pour attentat à la pudeur sur une enfant de trois ans et interné dans un asile où il restera jusqu’à sa mort en 1930. Une vie qu’il passera à écrire (un livre de 25 000 pages manuscrites !), à composer de la musique et à peindre obsessionnellement.

C’est cet univers que restitue l’œuvre de et qui fait l’objet de cet enregistrement capté au soir de sa première bernoise. Avec une écriture musicale reflétant parfaitement le chaos mental du héros, ce disque est capable de troubler plus d’un auditeur. Si la musique de n’est pas des plus aisées à entendre, si la formation de percussionnistes qui martèle l’œuvre n’est pas faite pour une écoute au coin du feu, cet opéra reste néanmoins un moment émotionnel d’une rare intensité. Après une ouverture d’une bonne dizaine de minutes de percussions, les voix entrent en scène s’articulant plus comme des onomatopées que de véritables chants. Plus encore que lors de la représentation, l’enregistrement permet d’apprécier le remarquable travail de mise en place vocal et musical. La très belle prise de son offre une image spatiale magnifique permettant d’apprécier la décomposition des plans de rythmes, jusqu’à l’harmonie, la phrase musicale presque de toutes ces percussions. Bien évidemment, nous sommes loin de Mozart, d’Alban Berg même, mais la musique de même si très difficile d’approche, laisse une sensation de force et l’image sans cesse répétée de la déroute mentale extraordinaire du héros.

Autant le spectacle était bouleversant, autant l’écoute de l’enregistrement est évocateur de la puissance de la composition de Per Nørgård. Si ce disque n’est peut-être pas à mettre entre toutes les oreilles, l’originalité du ton, du sujet traité et de l’œuvre ainsi composée méritent largement le détour.

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Per Nørgård (1932) : Der göttliche Tivoli. Andrea Stadel, Bianca ; Fabienne Jost, Mutti ; Daniel Szeili, Doufi ; Hubert Wild, Adolf Wölfli ; Steffen Kubach, St. Adolf II ; Bern Gebhardt, St. Adolf. Hans-Kristian Kjos Sorensen, Ferdinand Heiniger, Oliver Schär, Daniel Scheidegger, Adrian Schild, Franz Rüfli, percussions ; Matthias Kuhn, violoncelle ; Genova Dessislava, synthétiseur ; direction : Dorian Keilhack. 2 CD Da Capo 6. 220572-73. Code barre : 7 47313 15726 6. Enregistré le 19 septembre 2008 au Stadttheater, Berne. Notice de présentation et livret en anglais, allemand et danois. Durée : 125’06’’

 
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