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Dijon. Grand Théâtre, 13-III-2010. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Quatuor n° 1 en si mineur, op. 50 (1930). Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Quatuor n° 2 en fa mineur, op. 22, (1874). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quintette pour piano et cordes en sol mineur, op. 57 (1940). Marie Béreau, Luigi Vecchioni, violons ; Emmanuel Haratyk, alto ; Christian Wolff, violoncelle ; Claire Désert, piano.

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Dijon explore cette saison toutes les faces de «l’âme russe» : après l’évocation des Ballets Russes, et bientôt la musique orthodoxe et l’opéra, après la musique symphonique dirigée par Valery Gergiev, voici venu le temps de l’intime. Ce programme de musique de chambre propose un parcours judicieux à travers la musique du XXe siècle, et insiste en même temps sur le lyrisme, représenté bien sûr par Tchaïkovski, mais jamais absent des œuvres des deux autres maîtres.

Le quatuor de Prokofiev est une pièce singulière. Elle laisse apparaître des maladresses : c’est la première œuvre que ce musicien a composée dans ce genre, assez tardivement. Elle ne paraît pas offrir de sentiment d’unité, les trois mouvements ressemblant à une succession d’échantillons. Le premier, abrupt et grinçant, s’essouffle dans une forme classique obligée. Prokofiev y accumule les difficultés de tonalité, celles de justesse avec les duos à l’octave, et donne l’impression d’affronter un examen de passage. Le second est représentatif du style «motoriste», qui permet au d’affirmer son dynamisme, et le beau lyrisme du troisième mouvement introduit tout naturellement le quatuor de Tchaïkovski.

Celui-ci présente pourtant un peu les mêmes défauts que le précédent. Des pages chantantes juxtaposent des pièces d’inspiration plus populaire et d’autres plus formelles ; mais les interprètes traduisent d’une façon fort convaincante les préoccupations du compositeur. La fugue du premier mouvement n’est pas uniquement un exercice de contrepoint, mais devient l’expression d’une véritable tension romantique. Cette partie conforte l’impression d’errance due à l’incertitude tonale avec une pâte sonore dense, d’où émergent quelques éclairages solistes fort réussis. Le second mouvement est une parenthèse naïve que les interprètes expriment comme une berceuse délicate. Le mouvement lent est magnifique : le thème bâti sur des formules descendantes traduit bien les déchirures de l’âme et le Quatuor Manfred présente visiblement des affinités avec celui qui écrivit une symphonie du même nom…

Ce n’est pas la première fois que les chambristes dijonnais travaillent avec , et le public manifestera largement sa satisfaction à la fin du quintette de Chostakovitch. Le jeu énergique et nuancé de la pianiste, son toucher mœlleux qui sait exalter les graves, ou au contraire celui, plus percutant, qui fait claquer les gammes du scherzo, tout se marie admirablement avec les sonorités du quatuor. Cette interprétation fait ressortir l’aspect hiératique de la composition. Magnifique portique d’entrée, le lento solennel ouvre sur une fugue dont la complexité est due en partie à la longueur du sujet exposé. Après un scherzo, ironique sous des airs naïfs, l’intermezzo et le final nous replongent dans un univers contrasté mais cohérent : l’apparente simplicité du langage, mise en valeur avec finesse, nous semble alors une évidence qui nous parle à cœur ouvert.

Crédit photographique : © Vincent Garnier

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Dijon. Grand Théâtre, 13-III-2010. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Quatuor n° 1 en si mineur, op. 50 (1930). Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Quatuor n° 2 en fa mineur, op. 22, (1874). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quintette pour piano et cordes en sol mineur, op. 57 (1940). Marie Béreau, Luigi Vecchioni, violons ; Emmanuel Haratyk, alto ; Christian Wolff, violoncelle ; Claire Désert, piano.

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