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Les douze travaux d’Harding

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Lucerne. KKL. 28-III-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Grosse Fugue, Op. 133 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Messe n°3 pour solistes, chœur et ochestre WAB 28. Dorothea Röschmann, soprano ; Bernarda Fink, alto ; Andrew Staples, ténor ; Anthony Michaels-Moore, basse ; Chor des Bayerischen Rundfunks, direction : Daniel Reuss ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Daniel Harding

La personnalité de continue de diviser et d’agiter les conversations dans le milieu. Jeté très jeune dans la marmite des stars des podiums, le musicien, qui a très rapidement accumulé les invitations prestigieuses, a certainement multiplié des enregistrements parfois peu aboutis des chefs d’œuvre du grand répertoire, d’où un certain désamour avec la critique et les commentateurs. Directeur actuel de l’orchestre symphonique de la radio suédoise, le chef semble s’épanouir à la tête de cette institution tout en continuant à honorer des sollicitations auprès des grandes institutions, il est un hôte privilégié de l’orchestre de la Scala qui l’adore.

À observer des récentes apparitions à la tête de son orchestre suédois et de la formation milanaise, on ne peut que constater et admirer le niveau de maturité atteint par l’artiste. Au fil des concerts, Harding apparaît comme l’un des rares chefs que l’on a envie d’entendre et de retrouver sur scène tant chaque concert est un évènement. Par ailleurs, le jeune homme ne se contente pas de facilité, ni de rabâcher certains tubes mais relève, avec brio, des défis.

Ainsi, en clôture du festival de Pâques de Lucerne, il se produisait à la tête des forces chorales et symphoniques de la radio bavaroise dans la transcription pour orchestre à cordes de la redoutable Grande fugue par Félix Weingartner et la messe n°3 de Bruckner, addition marquée du sceau de la logique et de l’intelligence. Si la version orchestrale du chef d’œuvre de Beethoven, sonne comme du Viollet-Le-Duc musical pour nos oreilles contemporaines, la pièce n’en reste pas moins un tour de force pour le chef qui doit donner forme à ce modèle de structure. Sculptant la densité de la masse orchestrale, le chef fait ressortir les thèmes et les angles dans une lecture exemplaire. Les cordes de la phalange munichoise présentent un galbe, une rondeur et une homogénéité dignes du rang superlatif de cet orchestre.

La messe n°3 de Bruckner, est une pièce essentiellement chorale taillée sur mesure pour le chœur de la radio bavaroise. L’auditoire est à genoux devant la sidérante homogénéité et la palette de nuances de cette formation ! La finesse des attaques et la projection du son resplendissent dans l’acoustique de la grande salle du KKL de Lucerne qui ressemble soudain à une immense nef touchée par une grâce et une force musicale supérieures. offre une interprétation relativement allégée et stratosphérique portée par cette masse chorale et des solistes inspirés. L’orchestre répond avec style et précision (à une attaque de trombones près). Même si le musicien pourrait s’avérer parfois plus directif et impulsif dans les contrastes (on pense ici à la passion plus brute d’un Herreweghe), maîtriser et porter une telle œuvre reste un sacré tour de force !

Crédit photographique : Daniel Harding © Eisuke Miyoshi

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Lucerne. KKL. 28-III-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Grosse Fugue, Op. 133 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Messe n°3 pour solistes, chœur et ochestre WAB 28. Dorothea Röschmann, soprano ; Bernarda Fink, alto ; Andrew Staples, ténor ; Anthony Michaels-Moore, basse ; Chor des Bayerischen Rundfunks, direction : Daniel Reuss ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Daniel Harding

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