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Jun Märkl, chef d’orchestre

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Directeur musical de l’Orchestre National de Lyon depuis 2005, Jun Märkl a impulsé une dynamique nouvelle à une formation profondément marquée par sa collaboration avec le chef Emmanuel Krivine. Alors qu’il y a quelques années, la saison musicale lyonnaise ronronnait doucement, aujourd’hui c’est un festival de projets audacieux : notamment en direction de la jeunesse. Pour les raisons qu’il invoque dans cet entretien, le chef allemand a décidé de ne pas reconduire son contrat en 2011 – ses désaccords artistiques avec Laurent Langlois, le Directeur général, pourtant de notoriété publique, n’ayant visiblement eu aucune incidence sur sa décision.

 

ResMusica : Quel souvenir gardez vous de votre premier contact avec l’ONL ?
 : C’était en 2004 pour un concert Brahms-Schœnberg avec une transcription du Quatuor pour piano et cordes. Je me souviens bien de ce concert, qui s’était déroulé dans un esprit élevé et de l’orchestre qui avait extrêmement bien joué.

RM : Vous partagez votre temps entre Lyon et Leipzig, deux villes à la personnalité particulièrement dissemblable. Quel regard portez vous sur la «capitale des Gaules» ?
JM : C’est une ville qui a développé beaucoup de choses et qui a su mettre en valeur la beauté de ses bâtiments, notamment grâce à la fête des Lumières. Lorsque je m’y promène, j’ai une impression d’Histoire très profonde avec les monuments romains, le quartier médiéval mais aussi l’architecture contemporaine. Les lyonnais ne sont pas très ouverts au début, mais ensuite on se fait beaucoup d’amis. Aujourd’hui, j’ai un lien très fort avec Lyon et la France.

RM : Quelle différence faites vous entre le public français et le public allemand, notamment de Leipzig ou vous êtes en poste ?
JM : J’ai remarqué une attention profonde pendant le concert à Lyon mais aussi une capacité du public à dire non quand il n’aime pas un projet. Ici, il y a un vrai dialogue entre le public et l’orchestre. Les lyonnais savent dire non, de l’autre côté on dit toujours oui!

RM : Lorsque vous avez été nommé à la tête de l’ONL, quels étaient les points forts et les faiblesses de l’orchestre ?
JM : Tout d’abord une très bonne connaissance du style français et de la musique contemporaine. Mais il fallait élargir et enrichir le répertoire, travailler la variété du style. Nous avons abordé les compositeurs russes et scandinaves que l’orchestre connaissait peu. J’ai tout de suite senti la motivation des musiciens qui voulaient faire pour le mieux et je leur ai demande beaucoup de travail. Je les ai encouragé à développer la richesse du son et à découvrir d’autres couleurs. Il faut jouer les cuivres avec des couleurs, notamment les trombones. Je trouve que l’orchestre a fait de grands progrès.

RM : Vous avez suivi entre autres l’enseignement de Seiji Ozawa, de Sergiu Celibidache et de Leonard Bernstein ? Quels souvenirs en gardez vous ?
JM : Je n’oublierai jamais Leonard Bernstein, musicien universel. Un auteur complet et un pédagogue génial notamment avec les enfants a multiplié les concerts jeunesse à Lyon). Pour lui, notamment dans Mahler, il fallait constamment trouver l’émotion. Celibidache m’a beaucoup impressionné mais dans un registre différent : c’était un philosophe, aussi objectif que Bernstein était subjectif.

RM : Quels ont été les temps forts de votre collaboration avec l’orchestre ?
JM  : Pour moi c’était important de développer l’indépendance de l’orchestre. Les musiciens doivent créer des choses eux-mêmes et surtout faire des propositions. Je ne voulais pas d’un orchestre passif mais d’une vrai collaboration débouchant sur des projets. Au début, nous avons connu quelques difficultés car les musiciens ont eu du mal à comprendre ce que je leur demandais. Notre enregistrement de Daphnis et Chloé a été une expérience très importante pour nous, car l’orchestre avait peur des micros : la confiance mutuelle a permis de surmonter les difficultés. Nos grandes tournées à l’étranger (Japon, Proms à Londres) nous ont aussi permis de développer cette confiance.

RM : Vous avez décidé ne pas renouveler votre contrat en 2011. Pour quelles raisons?
JM  : Mon objectif était d’ouvrir l’orchestre à de nouveaux répertoires, de changer les traditions. Après six ans de collaboration, je pense que c’est une bonne chose d’offrir un nouveau chef à l’orchestre qui lui aussi à son tour proposera de nouveaux répertoires. Je quitterai l’orchestre sans regret en ayant le sentiment d’avoir gagné en qualité et en confiance.

RM : Pour vous succéder, on parle de Michel Tabachnik et de Leonard Slatkin ( reconduit directeur musical du Detroit Symphony Orchestra). Avez vous une petite préférence ?
JM  : Leonard Slatkin ferait un très bon chef pour l’orchestre. J’espère que si on s’adresse a lui, il acceptera l’offre!

RM : Quels sont vos projets pour la suite ?
JM  : J ‘aurai beaucoup de travail à Leipzig de nombreux concerts Schumann mais aussi comme chef invité. J’aimerai revenir à l’opéra mais j’ai eu des mauvaises expériences avec des spectacles données sans répétitions : c’est un système avec beaucoup trop d’incertitudes qui ne permet pas la même qualité que le travail symphonique. Avec l’ONL, nous allons poursuivre chez Naxos l’intégrale Debussy et les enregistrements Messiaen.

RM : Herbert Von Karajan déclarait placer Pelléas et Mélisande au dessus de tout. Et vous quelle œuvre trône dans votre panthéon personnel ?
JM  : Tristan et Isolde. Une œuvre très complexe, super passionnée qui suscite beaucoup d’interrogation. En l’interprétant, je découvre toujours de nouvelles choses.

Discographie de Jun Märkl avec l’Orchestre National de Lyon :

Claude Debussy (1862-1918) : Œuvres orchestrales, volume n°1 : La mer, Nocturnes et Prélude à l’après-midi d’un faune. Naxos. Référence 8. 570775.
Claude Debussy (1862-1918) : Œuvres orchestrales, volume n°2 : Nocturnes, Clair de lune, Pelléas et Melisande-Symphonie. Naxos. Référence : 8. 570993.
Claude Debussy (1862-1918) : Œuvres orchestrales, volume n°3 : Gigues, Ibéria, Rondes de printemps. Naxos. Référence : 8. 572296.
Olivier Messiaen (1908-1992) : Poèmes pour Mi, Les offrandes oubliées, Un sourire. Avec Anne Schwanewilms, soprano. Naxos. Référence : 8. 572174.
Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, Schéhérazade, ouverture féerique. Avec le MDR Rundfunkchor Leipzig. Naxos. Référence : 8. 570992.

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Directeur musical de l’Orchestre National de Lyon depuis 2005, Jun Märkl a impulsé une dynamique nouvelle à une formation profondément marquée par sa collaboration avec le chef Emmanuel Krivine. Alors qu’il y a quelques années, la saison musicale lyonnaise ronronnait doucement, aujourd’hui c’est un festival de projets audacieux : notamment en direction de la jeunesse. Pour les raisons qu’il invoque dans cet entretien, le chef allemand a décidé de ne pas reconduire son contrat en 2011 – ses désaccords artistiques avec Laurent Langlois, le Directeur général, pourtant de notoriété publique, n’ayant visiblement eu aucune incidence sur sa décision.

 
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