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Medea de Pascal Dusapin, la femme qui pleure

La Scène, Opéra, Opéras

Bruxelles. Théâtre Royal de La Monnaie. 11-VI-2010. Pascal Dusapin (né en 1955) : Medea. Opéra sur un livret de Heiner Müller. Mise en scène, chorégraphie, scénographie et vidéo : Sasha Waltz. Décors : Pia Meier Scriever, Thomas Schenk et Heike Schuppelius. Costumes : Christine Birke ; Eclairages : Thilo Reuther. Avec : Caroline Stein, Medea. Sasha Waltz&Guest. Vocal Consort Berlin, Orchestre Symphonique de La Monnaie, direction : Marcus Creed

Retour sur la scène de La Monnaie de Bruxelles de la Medea de  ! C’est en effet sur la scène belge que l’opéra du compositeur français avait été créé en 1992. Si La Monnaie est une maison qui a toujours offert au répertoire lyrique contemporain une place importante (et normale !), il est encore plus important de rejouer et d’inscrire au fil des saisons ces œuvres de notre temps afin d’en faire des classiques d’aujourd’hui et de demain. Mais pour les œuvres, c’est également une épreuve car on peut voir si elles passent l’épreuve du temps ? À cet exercice, la pièce de Dusapin témoigne, dix-huit ans après sa création d’une intensité et d’une force dignes d’une très grande pièce.

À l’origine, Medea avait été composée pour précéder Didon et Enée de Purcell d’où l’utilisation d’un instrumentarium identique à celui de l’opéra du compositeur anglais : orchestre à cordes, orgue, clavecin et chœur mixte. Initialement, l’orchestre retenu devait être une formation jouant sur instruments d’époque, remplacée dans cette production par l’orchestre de La Monnaie et ses instruments modernes. En une heure, sur un texte d’, le compositeur tisse un cadre tragique et désespéré à la hauteur des crimes du personnage central. Avec une parcimonie orchestrale, l’auteur fait de l’orchestre un brouillard instrumental qui illumine la psychologie du personnage qui se perd dans les tourments de son âme et ses souffrances.

Cette partition semble attirer les chorégraphes, on se souvient d’une belle chorégraphie de François Raffinot intitulée Adieu et présentée à Paris et Avignon en 1994. , une habituée de La Monnaie, livre ici une des ses plus belles productions ! Associant la seule soliste de l’œuvre, la chorégraphie séduit par ses individualités et ses ensembles, symboles d’un monde cruel et désordonné. L’extrême abstraction des lumières (qui font penser aux grands aplats colorés d’un Mark Rothko qu’Heiner Muller avait repris dans sa légendaire mise en scène de Tristan et Isolde au Festival de Bayreuth) renforce la dimension épique et tragique de ce spectacle à la fois pudique dans ses effets mais dévastateur dans sa force tellurique. fait corps avec la redoutable partition et avec la chorégraphie même si l’on peut toujours rêver d’une soprano qui se joue avec plus d’aisance des monstrueuses exigences de la tessiture du rôle. Rompu aux musiques vocales et contemporaines, peint un tableau musical noir, dense et dramatique.

Si l’opéra revu par les chorégraphes s’avère souvent problématique, cette production est certainement l’une des plus réussies dans ce type de spectacle !

Crédit photographique : © Sebastian Bolesch

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