Alisa Weilerstein, nouvelle Jacqueline du Pré ?

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 14-IV-2010. Jean Sibelius (1865-1957) : La Fille de Pohjola, fantaisie symphonique pour grand orchestre op. 49. Sir Edward Elgar (1857-1934) : Concerto pour violoncelle en mi mineur op. 85. Carl Nielsen (1865-1931) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur op. 50. Alisa Weilerstein, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Osmo Vänskä

Un rare programme nordique associant La Fille de Pohjola de Sibelius et la Symphonie n°5 de , magnifiquement interprété par et un en grande forme : concentré, poétique ou vigoureux, inspiré et faisant corps avec le chef, la soirée du 14 avril avait de quoi ravir le mélomane. Pourtant un jeune nom parvint à émerger au-dessus de ces sensations fortes, Asila Weilerstein dans le Concerto pour violoncelle d’.

La violoncelliste américaine, 28 ans seulement, avait la rude mission de s’imposer dans ce concerto. Enveloppés que nous sommes dans la mémoire de , enflammée dans l’enregistrement mythique qu’elle accomplit avec Sir John Barbirolli en 1965, il aurait déjà été remarquable qu’elle parvienne ne serait-ce qu’à exister. Asila Weilerstein fit mieux, elle captiva, subjugua par l’expressivité de son jeu à vous tirer des larmes – ce qui dans Elgar n’est pas un moindre exploit. Experte aussi bien dans l’art de manier l’archet que d’attirer la lumière sur elle, elle est tour à tour prostrée dans l’attitude douloureuse d’une madone à la descente de croix ou transportée d’allégresse souriant au paradis de la salle Pleyel. Si elle se détache de la masse sombre des musiciens de l’orchestre par sa robe à bustier rouge écarlate, ses épaules nues et ses cheveux indomptés qui voilent son visage, elle s’accroche, elle s’arrime à et au premier violon Philippe Aïche, les fixant, les guettant, les suivant ou devenant chef de file en musicienne de chambre. En harmonie avec le chef, elle tire Elgar vers Chostakovitch dans une ambiance de quasi-requiem là où était beaucoup plus solaire.

, que ResMusica avait déjà entendu et remarqué en 2006 et 2009, ne sera bientôt plus une inconnue que l’on ira entendre au détour d’une symphonie de Nielsen. Car l’histoire de la violoncelliste et du Concerto d’Elgar ne s’arrête pas là, en fait, elle ne fait que commencer. Le 1er mai à Oxford, c’est un tout autre défi que la soliste devra relever en interprétant cette œuvre dirigée par , avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin à l’occasion de l’Europa Konzert 2010 – qui est le concert annuel que donne le Philharmonique pour célébrer l’anniversaire de sa création. Barenboim avait enregistré ce concerto en 1970 avec Jacqueline du Pré, sa femme, juste avant que la sclérose en plaque n’atteigne son jeu et la condamne au silence jusqu’à sa disparition à 42 ans en 1987. Le concert d’Oxford sera retransmis à la télévision dans le monde entier et publié en DVD. Que Barenboim ait choisi de réenregistrer ce concerto exactement 40 ans plus tard, dans la ville même où était née Jacqueline Du Pré, ne relève en aucune manière du hasard. C’est l’extraordinaire cadeau d’un grand artiste à une nouvelle génération, une reconnaissance artistique d’une intense charge émotionnelle, un passage de relais de Jacqueline du Pré à .

Crédit photographique : Alisa Weilerstein © Christian Steiner

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