Double Répons

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Cité de la Musique. 15-IV-2010. Pierre Boulez (né en 1925) : Répons. Hideki Nagano, Dimitri Vassilakis, piano ; Frédérique Cambreling, harpe ; Michel Cerutti, cymbalum ; Samuel Favre, vibraphone ; Gilles Durot, xylophone, glockenspiel. Technique Ircam. Andrew Gerszo, réalisation informatique ; Gilbert Nouno, régie informatique. Ensemble Intercontemporain, direction : Susanna Mälkki

Après avoir fêté ses 85 ans le jour de son anniversaire avec l’Orchestre Philharmonique de Vienne, après un concert Messiaen avec l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, est une de fois de plus à l’honneur dans la capitale par les trois forces musicales qu’il a créé ou dont il a contribué à l’élaboration : l’Ircam, l’ et la Cité de la Musique.

Une exécution du monumental Répons – qui comme toute œuvre boulézienne a connu diverses évolutions avant d’aboutir à une version qui ne se veut pas définitive – est un évènement en soi. Sur une idée de , l’œuvre est donnée deux fois dans la soirée, le public étant invité à se déplacer pour la seconde partie, de façon à avoir une perception sonore différente.

La référence au Moyen-âge, qui n’est évidemment pas textuelle, appelle aux effets de résonance et aux procédés d’écriture. Répons est conçu pour un ensemble instrumental dont les trois familles (cordes, bois, cuivres) sont réparties par groupes face au chef. Une série de six solistes sur «instruments résonants» (percussions-claviers, cymbalum, harpe et pianos) sont disséminés dans la salle. Enfin un acousmonium permet la diffusion et la spatialisation des sons de ces six solistes transformés en temps réels. En avant pour deux fois trois quarts d’heure d’une musique qui se refuse à toute confrontation frontale avec le public.

Les huit sections enchaînées de Répons font référence en ligne directe à Debussy, Stravinsky et Messiaen, par une certaine luxuriance sonore, l’opposition de masses et un jeu sur les résonances. Au parterre les sons se mêlent les uns aux autres, identifier les sources sonores se fait complexe, et l’auditeur se trouve littéralement noyé dans un flot de sonorités. A l’exact opposé, au second balcon, solistes et sons transformés se font plus prégnants, l’ensemble instrumental devenant une réponse lointaine, peut-être plus en accord avec le propos du créateur.

Défiant les lois du «contemporain correctement admis», le public a répondu en masse à cette double exécution, a sagement joué le jeu du déplacement à l’entracte et a réservé un accueil triomphal aux musiciens et au Maître.

Crédit photographique : © Simon Fowler

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