La Scène, Opéra, Opéras

La Calisto, exploration de la décadence vénitienne ?

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 20-IV-2010. Francesco Cavalli (1602-1676) : La Calisto, drame en musique en un prologue et trois actes sur un livret de Giovanni Faustini. Mise en scène : Philipp Himmelmann. Décors : Johannes Leiacker. Costumes : Petra Bongard. Lumières : Gérard Cleven. Avec Anna Kasyan, Calisto ; Sami Luttinen, Jupiter ; Christine Rice, Diane/Le Destin ; Mark Milhofer, Linfea ; Kristen Leich, Satirino/La Nature ; Catrin Wyn-Davies, Junon ; Matthew Shaw, Endimione ; Fabio Trümpy, Pane ; Bruno Taddia, Mercure ; Ludwig Grabmeier, Silvano ; Mariana Flores, L’Eternité/Première Furie ; Dina Husseini, Deuxième Furie. Orchestre de Chambre de Genève. Continuo Leonardo García Alarcón. Direction musicale, Andreas Stœhr

Quel bonheur de pouvoir se réfugier derrière l’esprit de Cour d’il y a trois siècles et stigmatiser Venise et sa fin de règne débauchée pour cacher les tares de notre société actuelle. C’est pas moi, c’est lui ! Ce précepte permet à de traiter La Calisto de et l’aventure malheureuse de son héroïne à la lumière d’une liberté scénique parfois à la limite du mauvais goût. Exploration de la décadence d’alors rapportée à notre temps ? Quoique le metteur en scène ait judicieusement choisi de retrouver l’esprit du burlesque des spectacles décadents de la Venise baroque, fallait-il vraiment forcer le trait en montrant une Linfea se lamentant de ne pas trouver l’amant de ses rêves en la faisant se masturber avec une corde passée entre ses jambes ? Reste que, même avec ces exagérations scéniques, ce spectacle voit enfin un metteur en scène plaquant l’intrigue à sa mise en scène et racontant ce que le livret écrit et non les fantasmes de sa propre personne. Comme souvent dans les œuvres du XVIIe siècle, La Calisto recèle une foultitude d’évènements annexes à l’intrigue. De quoi se perdre pour qui veut tout raconter. Un galimatias dans lequel ne sombre pas.

Dès le lever de rideau, les trois angelots dodus déambulant sur la scène révèlent d’emblée la légèreté voulue du spectacle proposé. Emmenant le public dans un décor de nuages traînant sur un horizon incertain, les peintures inspirées de Tiepolo forment un fond de scène d’où émergent les dieux. Jupiter, terrifiant ange noir et Mercure en maléfique Docteur Faust descendent chez les humains pour se rendre compte des dégâts causés par la chute de Phaéton. Jupiter tombe en arrêt devant la beauté de Calisto, suivante amoureuse de Diane. En se déguisant en Diane, Jupiter parviendra à séduire la jeune nymphe. Croyant avoir rencontré la reconnaissance amoureuse de sa maîtresse, le malentendu s’installe. Un quiproquo d’opérette digne d’un vaudeville à-la-Feydaux qui conduira Calisto à sa perte.

Dommage que la qualité de la majeure partie des voix peuplant le plateau ne soit pas à la hauteur de la belle tenue théâtrale de ce spectacle. Reconnaissons pourtant que si toute la première partie du spectacle se prévaut d’un théâtre du burlesque auquel rares sont les chanteurs d’opéras capables d’assumer totalement ses exigences, à l’opposé, l’épilogue demande des interprètes à la vocalité plus classique. Difficile équation à laquelle le plateau genevois ne répond pas de manière toujours convaincante. Dans le rôle-titre, manque d’une vraie présence scénique pour convaincre totalement. Quand bien même la soprano géorgienne investit son aventure avec intelligence et conviction, sa voix manque d’homogénéité. Une lacune qui la mène parfois aux limites de la justesse vocale. Comme Calisto, Diane et Endimione sont des rôles essentiellement lyriques. En dépit d’une belle ligne de chant, (Diane) n’a pas la noblesse de ce personnage empreint de pureté. Son amoureux éperdu, le contre-ténor Matthew Shaw (Endimione), remplaçant le souffrant titulaire du rôle Bejun Metha, déçoit. Très limité dans le registre grave, il se retrouve fréquemment en difficulté expressive quand il n’est pas couvert par l’orchestre. A l’inverse de la sagesse lyrique, est un Jupiter théâtralement magnifique. Grandiose avec ses ailes noires, il est désopilant dans la veste de Diane. La partition vocale lui impose deux voix. Celle profonde et effrayante du dieu et celle de fausset pour imiter la Diane chasseresse. Ajoutant au comique de la situation, il n’hésite pas à caricaturer sa propre voix pour montrer l’absurde de cette métamorphose. A ses côtés, le Mercure de révèle un baryton propriétaire de la grande tradition opéristique italienne, chanteur solide à la diction parfaite, son aisance théâtrale de bon aloi fait mouche. Autre acteur remarquable, le ténor (Linfea) excelle dans sa posture de travesti.

Dans la fosse, malgré l’ample gestuelle d’, l’ semble ne pas répondre à l’énergie de son chef. Ce manque de dynamisme agrémenté de quelques décalages et autres fausses notes des flûtes survolent l’audience sans trop de mal, tout entier qu’est le public au théâtre proposé avec talent par Philipp Himmelmann.

Crédit photographique : Kristen Leich (Satirino), (Diane), (Linfea) ; (Jupiter), (Mercure) © GTG/Vincent Lepresle

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 20-IV-2010. Francesco Cavalli (1602-1676) : La Calisto, drame en musique en un prologue et trois actes sur un livret de Giovanni Faustini. Mise en scène : Philipp Himmelmann. Décors : Johannes Leiacker. Costumes : Petra Bongard. Lumières : Gérard Cleven. Avec Anna Kasyan, Calisto ; Sami Luttinen, Jupiter ; Christine Rice, Diane/Le Destin ; Mark Milhofer, Linfea ; Kristen Leich, Satirino/La Nature ; Catrin Wyn-Davies, Junon ; Matthew Shaw, Endimione ; Fabio Trümpy, Pane ; Bruno Taddia, Mercure ; Ludwig Grabmeier, Silvano ; Mariana Flores, L’Eternité/Première Furie ; Dina Husseini, Deuxième Furie. Orchestre de Chambre de Genève. Continuo Leonardo García Alarcón. Direction musicale, Andreas Stœhr

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