Aida à Avignon, comme Clark Gable…

La Scène, Opéra, Opéras

Avignon. Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse. 27-IV-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aida, mélodrame en 4 actes sur un livret d’Antonio Ghislanzoni. Mise en scène : Paul-Emile Fourny. Assistante : Ruxandra Hagiù. Décors et costumes : Jean-Pierre Capeyron. Chorégraphie : Eric Belaud. Lumières : Jacques Chatelet. Etudes musicales : Marie-Claude Papion. Avec : Indra Thomas, Aïda ; Elena Manistina, Amneris ; Ludivine Gombert, la prêtresse. Jeong-Won Lee, Radames ; Carlos Almaguer, Amonasro ; Ramphis, Nicolas Courjal ; Jean Teitgen, le roi d’Egypte ; Julien Dran, le Messager. Chœur de l’Opéra de Nice (chef de chœur : Giulio Magnanini), Chœur de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (chef de chœur : Aurore Marchand). Ballet de l’Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse (direction : Eric Belaud). Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence, direction : Rani Calderon

Comme Clark Gable qui affirmait devoir songer à un bon steak pour se forcer à embrasser sa partenaire Vivian Leigh dans le mythique Autant en emporte le vent, à quoi aurait dû penser le ténor coréen pour manifester plus d’empressement auprès de la magnifique  ? Sa prestation vocale fut aussi sans couleur, sans chaleur, plate et fade ; et la première aria Celesta Aida, victime d’une tradition tenace, trompetta en martial défi une émotion qui devrait s’exprimer, comme le recommandait Verdi, pianissimo, surtout dans les finales.

Le reste de la distribution masculine compensait avantageusement cette (contre-)performance. , qui avait campé un magistral Rigoletto, a bien habité le rôle complexe d’Amonasro. Et Nicolas Courjal a offert ses basses impressionnantes et une sacerdotale majesté au rôle de Ramphis.

Côté femmes, Ludivine Gombert a montré la qualité que le public avignonnais lui connaît depuis plusieurs années. s’est affirmée somptueuse dès le IIe acte, cherchant quelque peu sa voix, pourtant ronde et souple, dans les toutpremiers tableaux face à une / Amneris qui a imposé dès les premières notes sa brillante perfection, solide, précise, équilibrée. Mais très vite leurs voix ont su se compléter, dialoguer, s’affronter, tout autant que leurs regards frémissaient d’une sombre et puissante hostilité.

Le ballet d’Eric Belaud a marié la fluidité qu’il affectionne et le clin d’œil permanent à l’iconographie archéologique la plus orthodoxe. Il s’est inséré dans un décor égyptisant jusque dans les moindres détails grâce au soin scrupuleux de  : on a apprécié une excellente scène d’ouverture, avec des ouvriers s’affairant sur un chantier dans de très beaux camaïeux d’ocre et sable, chantier… pharaonique mais dans la simplicité du quotidien, contrastant avec l’éclat hiératique des cérémonies officielles de la suite.

Peut-on terminer sans évoquer les trompettes ? Une mention spéciale pour les deux premiers interprètes, dans une attaque délicate mais éclatante, nuancée mais somptueuse, bref, parfaite. Quant à la baguette du jeune chef israëlien , elle a conduit l’orchestre dans toute la justesse d’une lecture précise et personnelle.

Il est vrai que monter Aida est toujours un pari audacieux, qui ne peut se faire à l’économie ; à défaut d’atteindre pleinement son but, une telle production est sûre au moins de remplir la salle.

Crédit photographique : Indra Thomas (Aida) & (Radames) © Cédric Delestrade

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