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Purcell à Lausanne en version bigarrée !

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Lausanne. Salle Métropole. 30. V. 2010. Henry Purcell (1659-1695) : Dido and Aeneas, opéra en 1 prologue et 3 actes sur un livret de Nahum Tate. Mise en scène et chorégraphie : Cisco Aznar. Décors et costumes : Luis Lara. Lumières : Samuel Marchina. Vidéo : Cisco Aznar, Andreas Pfiffner. Avec Sarah Castle, Didon, reine de Carthage ; Jean-François Lapointe, Enée ; Delphine Gillot, Belinda ; Elizabeth Bailey, Dame d’honneur ; Cécile van de Sant, Magicienne ; María Hinojosa, Première sorcière ; Antoinette Dennefeld, Deuxième sorcière ; Vasily Khoroshev, Esprit ; David Hernández, Marin. Orchestre de Chambre de Lausanne. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Chef de chœur, Véronique Carrot). Danseurs de la Cie Cisco Aznar. Direction musicale, Gabriel Garrido.

Cette nouvelle production de Dido and Aeneas de Purcell à l’Opéra de Lausanne est à voir au moins trois fois.

Une première fois pour la musique et les voix, une seconde fois pour la chorégraphie et la vidéo (si l’on arrive à assimiler les deux choses d’un coup !) et une troisième fois pour tenter de synthétiser les univers assénés par . Si la récente Lulu d’ à Genève était épuisante, cette production lausannoise est étouffante !

Entre les continuels va-et-vient de pupitres d’élèves d’une classe de jeunes filles caricaturées, jupes levées et subissant la fessée (puisqu’il semble de bon ton, même si c’est du déjà vu, de rappeler que l’œuvre originale de Purcell aurait été créée dans une école de Chelsea), les entrées et sorties des danseurs, les projections vidéos de petits poissons rouges incongrus, sur scène le parasitage est si abrutissant qu’on ne sait plus où regarder. La musique de Purcell elle-même s’y noie au point de disparaître. Même à des oreilles attentives.

En répétant jusqu’à l’exaspération les actions du livret et en ne cessant de montrer au travers des danseurs ce que les protagonistes chantent en parallèle, submerge le propos. Comme un écho, sa mise en scène double l’interprétation des chanteurs comme s’ils n’existaient pas. Rangés au milieu de l’envahissement des danseurs, ils sont peu à peu effacés de l’action. C’est probablement une image moderne, voire branchée que de montrer une déferlante d’actions parallèles dans une intrigue qui ne réclame que l’expression de l’amour le plus pur opposé aux contraintes du devoir mais, avec la propension de de favoriser l’aspect chorégraphique de son travail, d’opéra, il ne reste que le nom.

Pour s’offrir le plaisir de rajouter quelques ballets, Aznar s’allie la complicité du chef qui s’en est allé piocher dans d’autres musiques «purcelliennes» pour donner sa propre édition sur une partition lacunaire. Ce qui permet à d’en remettre une bonne couche et de gratifier le public d’une bonne heure de musique somptueusement assommante avant que ne commence véritablement l’action de Dido and Aeneas.

Du côté des solistes, l’asphyxiante mise en scène ne favorise pas l’émotion. Si la plupart des chanteurs s’efforcent d’offrir une prestation plus qu’honnête, aucun ne parvient à transcender son rôle. Tout au plus peut-on reconnaître les mérites de la soprano néo-zélandaise dont la voix admirablement posée et la prononciation parfaitement articulée en font une Didon de classe. A ses côtés, la soprano vaudoise (Belinda) ne convainc pas, son instrument vocal se trouvant souvent aux limites de la justesse. La Magicienne de Cécile van de Sant s’affirme comme la meilleure actrice du plateau. Dans la scène de la vengeance programmée envers la Reine de Carthage (la scène la mieux réussie du spectacle), elle déchaîne sa haine avec une débordante exaltation entraînant derrière elle tout le Chœur de l’Opéra de Lausanne au mieux de son expressivité. La grosse voix de (Enée) en ferait un tribun d’autorité si sa prestation scénique avait été mieux approfondie. Dans la fosse, l’ charme par un son enveloppant. Même si quelques décalages parsèment la soirée, sa prestation reste excellente

Nos lignes ont parfois souligné la «gentillesse» du public lausannois à l’égard de son institution lyrique. Cette fois, il ne s’en n’est pas laissé compter ! A l’entracte déjà, une bonne partie du public a manifesté bruyamment sa désapprobation. Une désapprobation qui s’est faite plus véhémente encore quand, à la fin du spectacle, Cisco Aznar est venu saluer. Le mauvais goût de cette production a mal passé à Lausanne. Avec la toute récente bronca de La Donna del Lago à Genève, les peu convaincants trois derniers spectacles de l’Opéra de Berne, le public semble avoir envoyé un signal fort aux directeurs des théâtres d’opéra de la région. Un signal qui devrait les faire réfléchir pour leurs futures programmations.

Crédit photographique : (Didon) ; María Hinojosa (Première sorcière), Antoinette Dennefeld (Deuxième sorcière), Cécile van de Sant, (Magicienne) ©Marc Vanappelghem

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Lausanne. Salle Métropole. 30. V. 2010. Henry Purcell (1659-1695) : Dido and Aeneas, opéra en 1 prologue et 3 actes sur un livret de Nahum Tate. Mise en scène et chorégraphie : Cisco Aznar. Décors et costumes : Luis Lara. Lumières : Samuel Marchina. Vidéo : Cisco Aznar, Andreas Pfiffner. Avec Sarah Castle, Didon, reine de Carthage ; Jean-François Lapointe, Enée ; Delphine Gillot, Belinda ; Elizabeth Bailey, Dame d’honneur ; Cécile van de Sant, Magicienne ; María Hinojosa, Première sorcière ; Antoinette Dennefeld, Deuxième sorcière ; Vasily Khoroshev, Esprit ; David Hernández, Marin. Orchestre de Chambre de Lausanne. Chœur de l’Opéra de Lausanne (Chef de chœur, Véronique Carrot). Danseurs de la Cie Cisco Aznar. Direction musicale, Gabriel Garrido.

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