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Jean-François Heisser : Dukas le sacrifié

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 07-06-2010. Paul Dukas (1865-1935) : Sonate pour piano ; Philippe Manoury (né en 1952) : Veränderungen ; Isaac Albéniz (1860-1909) : Ibéria, Deuxième Cahier. Jean-François Heisser, piano

Entre valeurs sûres et nouveauté, nous promettait un concert des plus intéressants. Promettait.

La Sonate de Dukas, œuvre vaste et d’autant plus précieuse qu’elle est l’un des rares exemples du génie de ce maître, trop peu souvent jouée d’ailleurs, débutait le programme. Pour défendre un tel monument, on aurait souhaité un interprète courageux, qui aurait pris la partition à bras le corps, pour en proposer une lecture qui rende justesse à ses nombreuses qualités ; cela n’a pas été le cas. Heisser est épuisé avant même d’avoir commencé, les phrases retombent comme des soufflets avant d’avoir eu le temps de se développer, bref, c’est raté. Au fur et à mesure de la partition, la subtilité du jeu se dévoile petit à petit : clarté des plans, mélodies conduites, contrastes assumés. Il faut attendre le final pour être emporté par le flot de cette musique – trop tard, donc.

S’ensuit Veränderungen de Manoury, en amont duquel Heisser prend cinq minutes pour expliquer le fonctionnement de la composition, émaillée de citations (qui n’en seraient pas en fait, le doute plane) des fameuses Variations Diabelli de Beethoven. L’œuvre en elle-même est assez curieuse, elle accumule les gestes instrumentaux, dont on décèle certaines parentés entre-eux, avec un intérêt tout particulier porté aux clusters d’harmoniques, très réussis. Confronté à ses sonorités étranges, à cette structure abrupte, le jeu d’Heisser se transforme : visiblement réveillé, on le sent à l’affût, à tel point d’ailleurs qu’il arrive à nous captiver. Ce n’était pas joué d’avance, il faut bien le dire.

Peut être rassuré, le voici qui enchaîne avec le Deuxième Cahier d’Ibéria. On ne peut plus familier de cette musique, Heisser rend ces pièces avec une sûreté et un raffinement proprement réjouissants. On se demande quand même si les pics expressifs ne pourraient pas éclater un peu plus ; tout cela reste sagement confiné dans une intimité qui n’est peut être pas tout à fait adaptée à ses grandes pièces de concert.

Un concert en demi-teinte donc, dont on se demande s’il n’eut été meilleur si l’interprète avait terminé par la Sonate de Dukas, au lieu de s’y atteler d’entrée de jeu.

Crédit photographique : © Simon Poltronieri

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 07-06-2010. Paul Dukas (1865-1935) : Sonate pour piano ; Philippe Manoury (né en 1952) : Veränderungen ; Isaac Albéniz (1860-1909) : Ibéria, Deuxième Cahier. Jean-François Heisser, piano

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