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Hänsel und Gretel à Lyon, sacrée sorcière

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Lyon. Opéra National. 08-VI-2010. Engelbert Humperdinck (1854-1921) : Hänsel et Gretel sur un livret d’Adelheid Wette d’après le conte homonyme popularisé par les frères Grimm. Mise en scènes et costumes : Laurent Pelly. Réalisation de la mise en scène : Stéphane Marlot. Décors : Barbara de Limburg. Lumières : Joël Adam. Avec Michaela Selinger, Hänsel ; Julia Novikova, Gretel ; Klaus Kuttler, le Père ; Irmgard Vilsmaier, la Mère ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, la sorcière ; Susann Kalauka, le marchand de sable, le bonhomme rosé. Maîtrise de l’Opéra de Lyon, direction : Karine Locatelli. Orchestre de l’Opéra national de Lyon, direction : Johannes Willig

Que serait une saison lyonnaise -opéra et théâtre confondus- sans Laurent Pelly ? Acclamé sur les scènes du monde entier, le fringant directeur du Théâtre National de Toulouse doit à la capitale des Gaules quelques notoires réussites (Le roi malgré lui, Orphée aux enfers, La voix humaine) mais aussi de bien laides Boréades en 2004 et une Vie parisienne hystérique et vulgaire.

Sans être des « Pellyphiles» acharnés, nous attendions avec impatience cette reprise de l’Hänsel et Gretel créé à Glyndebourne il y a 2 ans, alors salué par la presse anglaise et immortalisé en DVD par Decca.

Primo l’œuvre est un petit bijou de féerie, et la musique exquise d’Humperdinck n’est en rien celle d’un simple épigone de Wagner. Secondo, le spectacle est objectivement l’un des plus satisfaisants de Pelly, rondement mené, visuellement superbe (palme d’or aux décors de Barbara de Limbourg) et la sorcière de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke l’une des choses les plus impayables vues et entendues sur une scène depuis des lustres.

A Lyon comme à Glyndebourne, cet Hänsel et Gretel fonctionne parfaitement -autour d’une idée ingénieuse : nos deux gamins sont des victimes bien malgré eux d’une société en voie de précarisation, obsédée et aliénée par « l’hyperconsommation ». La petite famille vit dans un gigantesque carton, tout droit sorti d’une favela carioca, la forêt, jonchée d’ordures, n’est qu’un cimetière d’arbres morts couronnés de sacs plastiques. Quant à la maison de la sorcière, supermarché devenu temple de la malbouffe, des enfants obèses y déambulent entre Twix et Bounty…

Incontestablement, le spectacle est drôle, malin comme un singe, étonnant (la sorcière queer échappé d’un vieux John Waters avec feue Divine ou de Priscilla folle du désert) mais d’un pragmatisme passablement déconcertant. Il évacue trop nettement la dimension merveilleuse et onirique de l’œuvre (apparitions sans magie du marchand de sable et du bonhomme rosé) et fait de la sorcière un personnage plus risible qu’effrayant. Peut-on également ignorer la morale très puritaine de cette histoire cruelle, fortement imprégné de religiosité -la prière dans la forêt-, et qui inspirerait à coup sûr le Michael Haneke du Ruban Blanc.

L’orchestre de l’Opéra de Lyon sert Humperdinck avec diligence sous la baguette aérienne et forte à propos de Johannes Willig qui fuit le tonitruant comme la peste. Dominée par l’extraordinaire sorcière de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, qui trouve dans la voix les sournoiseries démoniaques qu’elle n’a pas sur scène, la distribution vaut surtout pour la somme des parties : Michaela Selinger et Julia Novikova chantent joliment, les timbres sont juvéniles comme il se doit… mais l’on préfère Jennifer Holloway et Adriana Kucerova à Glyndebourne, mieux assorties. Irmgard Vilsmaier assume crânement la tessiture meurtrière de la Mère et le Père n’appelle pas de commentaire particulier. En revanche, Susann Kalauka assez prosaïque n’offre pas l’enchantement espéré dans ses deux interventions.

Très enthousiaste à l’issue de la représentation, le public a fait fête à cet opéra trop peu donné en France. A quand une reprise de la superbe production londonienne de Patrice Caurier et Moshe Leiser, à notre sens plus fidèle à l’esprit de l’œuvre que celle au demeurant fort réussie de Laurent Pelly ?

Crédit photographique : Michaela Selinger (Hänsel), Julia Novikova (Gretel) & Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (la Sorcière) © Bertrand Stofleth

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Lyon. Opéra National. 08-VI-2010. Engelbert Humperdinck (1854-1921) : Hänsel et Gretel sur un livret d’Adelheid Wette d’après le conte homonyme popularisé par les frères Grimm. Mise en scènes et costumes : Laurent Pelly. Réalisation de la mise en scène : Stéphane Marlot. Décors : Barbara de Limburg. Lumières : Joël Adam. Avec Michaela Selinger, Hänsel ; Julia Novikova, Gretel ; Klaus Kuttler, le Père ; Irmgard Vilsmaier, la Mère ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, la sorcière ; Susann Kalauka, le marchand de sable, le bonhomme rosé. Maîtrise de l’Opéra de Lyon, direction : Karine Locatelli. Orchestre de l’Opéra national de Lyon, direction : Johannes Willig

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