Concerts, La Scène, Musique symphonique

La paisible fin de règne de Christoph Eschenbach

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Paris. Salle Pleyel. 16-VI-2010. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, basson et cor en mi bémol majeur, K. 297b. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°9 en ré mineur op. 125. Alexandre Gattet, hautbois ; Pascal Moraguès, clarinette ; Marc Trenel, basson ; André Cazalet, cor ; Mélanie Diener, soprano ; Christianne Stotijn, alto ; Steve Davislim, ténor  ; Franz-Josef Selig, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris, chef de chœur : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

Ces deux concerts des 16 et 17 juin 2010 n’étaient pas tout à fait comme les autres puisqu’ils étaient les derniers de comme directeur musical de l’, poste qu’il occupait depuis septembre 2000. Il sera remplacé dès la saison prochaine par le chef estonien Paavo Järvi, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour cet orchestre fondé en 1967 qui vit se succéder à sa tête rien moins que Munch, Karajan, Solti, Barenboïm, Bychkov, Dohnányi et enfin Eschenbach. Pour clore en beauté et dans la joie, le chef allemand a choisi de mettre en lumière l’orchestre et le chœur qui l’ont accompagné pendant ces dix ans, d’abord en invitant sur le podium quatre de ses premiers solistes pour une Symphonie concertante de Mozart, puis l’ensemble de ses troupes pour la Symphonie n°9 de Beethoven.

Eschenbach n’a pas trop eu à forcer son style pour accompagner ses quatre solistes dans une interprétation assez paisible et sans souci de la Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, basson et cor de Mozart, mais sans envolée non plus. Cette œuvre, déjà en elle-même assez peu expansive, se terminant par Andantino, chose assez rare pour un final, a besoin d’un soupçon d’animation de la part des interprètes pour captiver l’attention. Et ce soupçon d’animation a quelque peu manqué dans l’Allegro initial, lancé sans précipitation par une longue introduction orchestrale avant que les quatre solistes n’entrent en jeu. L’équilibre entre ces derniers et l’orchestre semblait plein d’amabilités, comme si aucun des protagonistes ne voulait prendre le dessus, respectant assez bien l’esprit «symphonie», évitant toute virtuosité trop «concertante». Placés face à face, le hautboïste et le clarinettiste semblaient se mouvoir avec plus de naturel dans cette musique, alors que , au son de hautbois un peu pincé, avait plus de mal à trouver sa place. Quant au corniste , on avait le sentiment qu’il restait sur la réserve, craignant peut-être d’écraser ses partenaires, et du coup, produisait un son insuffisamment net. L’Adagio, «page pleine de quiétude» comme nous le dit la belle plaquette accompagnant ce concert, fut joué dans cet esprit, et s’il manqua d’un peu de fruité pour convaincre totalement, n’en était pas moins assez plaisant. Le final à variations confirma que tous étaient là pour faire de la musique ensemble dans un esprit très cordial, ce qui ne pouvait inspirer que sympathie faute d’enthousiasme débordant.

Aboutissement d’un parcours de dix ans avec cet orchestre, et connaissant le style assez classique de , on savait qu’il ne fallait pas s’attendre à ce qu’il «réinvente» sa Neuvième spécialement pour l’occasion, et de fait il fut fidèle à lui-même au plus grand plaisir du public d’abonnés de la salle Pleyel. Plutôt bon dans le choix du tempo de base de chaque mouvement, il en varia toutefois assez peu à l’intérieur des mouvements, leur donnant un aspect un peu uniforme, allant, comme trop souvent, à sa conclusion sans vraiment jouer sur le ressort tension détente tellement important ici. On ne le dira jamais assez, mais le premier mouvement chez Beethoven est toujours le plus novateur, imaginatif, important de la symphonie, et presque à tout coup le plus difficile à réussir pleinement. Ce fut encore le cas, ce soir, dans une interprétation solide, sans faute, mais un peu en deçà du génie beethovénien. Plus simple, le Molto vivace fut vigoureusement joué, ce qui alla fort bien au vivace, un peu moins au trio. Le chef résolut assez bien la toujours délicate équation du tempo de l’Adagio, intelligemment retenu au début pour ne pas se trouver précipité en son cœur, ce qui permit aux différentes variations de se succéder sans anicroche. Le final, avec ses passages «injouables» comme Beethoven savait le faire, conclut la soirée sur l’éternel message humaniste qu’on ne se lassera jamais d’entendre. Et si certains des solistes vocaux, essentiellement masculins, oublièrent un instant de rester simples dans leur expressivité, le quatuor réuni ce soir fut plutôt bon, tout comme le chœur. Le public manifesta assez rapidement et chaleureusement sa sympathie pour le «sortant», qui reviendra dès la saison prochaine, comme chef invité cette fois.

Crédit photographique : Christophe Eschenbach © Eric Brissaud

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Paris. Salle Pleyel. 16-VI-2010. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, basson et cor en mi bémol majeur, K. 297b. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°9 en ré mineur op. 125. Alexandre Gattet, hautbois ; Pascal Moraguès, clarinette ; Marc Trenel, basson ; André Cazalet, cor ; Mélanie Diener, soprano ; Christianne Stotijn, alto ; Steve Davislim, ténor  ; Franz-Josef Selig, basse. Chœur de l’Orchestre de Paris, chef de chœur : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach.

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