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Faust californien, traditionnel mais envoûtant

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San Francisco, War Memorial Opera House. 23-VI-2010. Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en 5 actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Jose Maria Condemi. Décors : Robert Perdziola. Costumes : Kristi Johnson. Lumières : Duane Schuler. Chorégraphie : Lawrence Pech. Avec : Stefano Secco, Faust ; John Relyea, Mephistophélès ; Patricia Racette, Marguerite ; Brian Mulligan, Valentin ; Daniela Mack, Sieblel ; Catherine Cook, Marthe ; Austin Kness, Wagner. Chœur et Orchestre du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson), direction : Maurizio Benini

En deux mois de temps, l’Opéra de San Francisco boucle sa saison avec trois grandes productions : Puccini, Wagner et Gounod. Un rythme d’autant plus médusant que l’opulence des décors, costumes et des moyens en général ne semble pas en souffrir. Bien au contraire !

Pour une œuvre aussi ancrée dans son époque, le Faust de Gounod a toujours son mot à dire, surtout quand il est dirigé dans les règles de l’art par une main sensible à ses dynamiques et ses frissonnements, celle de , et mise en scène par un jeune José-Maria Condemi – ancien Adler Fellow – qui s’adapte fort bien à son traditionalisme (par extension, au public américain), sans oublier de le questionner.

A la fois somptueux et monastiques, les décors du Lyric Opera de Chicago savent faire simple mais sophistiqué. A l’image de la vertu de Marguerite, la nature y est d’essence divine. La «demeure chaste et pure» vantée par Faust est un petit coin d’Eden. L’aridité arrive par l’homme et le diable lui, commerce dans l’artifice : les bijoux bien sûr, un ciel féerique allumé sur commande et la farce. En cadavre, évêque ou en violoniste tzigane ensorcelant les villageois – rutilant dans ses couleurs à la Chagall – il marque insidieusement son territoire.

Et c’est dans cet esprit que l’impose . L’un des nombreux anciens chanteurs «maison» (Adler Fellows) de cette production. Son charisme naturel fait de Mephisto un personnage en trois dimensions qui jouit d’une autorité implacable sur le monde des vivants – comme sur scène. Son timbre cossu et sombre, sa diction virulente ont une qualité dramatique taillée pour la complexité. Son ironie félonne s’empare du Veau d’or comme s’empare de Marguerite : avec une suavité qui les rend terriblement humains. Elle, trouve le ton, la respiration et le tempo parfaits dans l’air des bijoux qui suit les méandres de la pensée et se laisse prendre dans le filet. Sa descente aux enfers et sa folie sont d’une puissance et d’une spontanéité inattendues. Son timbre, parfois proche de la voix parlée, s’accorde avec la palpitation de ses émois intérieurs. Sa présence scénique s’épanouit d’air en air et galvanise un (Faust) juste mais moins expansif.

Remarquables seconds rôles, (Valentin) et (Siebel) apportent, le premier, une flamboyance scénique et vocale – et l’une des meilleures prononciations française de la soirée – et la seconde une urgence qui donnent à ce Faust son envergure. Le chœur manque d’éclat dans le français mais, pétillant ou transparent, il est cohérent et bien dosé. L’orchestre, lui, n’est pas au maximum mais ses efforts stylistiques construisent une trame psychologique solide. Les tempi retenus, l’élégance du phrasé et l’urgence de cette lecture ont un potentiel envoûtant. Mijotée à petit feu, la tradition ne perd rien de ses saveurs. Bien au contraire.

Crédit photographique : (Marguerite) et (Faust) ; (Mephistophélès) © Cory Weaver

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San Francisco, War Memorial Opera House. 23-VI-2010. Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en 5 actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Jose Maria Condemi. Décors : Robert Perdziola. Costumes : Kristi Johnson. Lumières : Duane Schuler. Chorégraphie : Lawrence Pech. Avec : Stefano Secco, Faust ; John Relyea, Mephistophélès ; Patricia Racette, Marguerite ; Brian Mulligan, Valentin ; Daniela Mack, Sieblel ; Catherine Cook, Marthe ; Austin Kness, Wagner. Chœur et Orchestre du San Francisco Opera (chef de chœur : Ian Robertson), direction : Maurizio Benini

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