Leonidas Kavakos, en maître d’émotions

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Gstaad. Festival-Zelt. 20-VIII-2010. Jean Sibelius (1865-1967) : Concerto pour violon en ré mineur op. 47 (1903). Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 5 en do dièze mineur. Leonidas Kavakos, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev. 



Menuhin Festival Gstaad 2010

Une demi-heure avant le concert, se soumet en complète décontraction aux feux d’un interviewer qui porte son unique intérêt sur le la Symphonie n° 5 de au programme de la soirée. A la fin de l’entretien, Valéry Gergiev tout en souhaitant une excellente soirée aux auditeurs de sa présentation brièvement ajoute qu’il faut s’attendre à un aussi grand moment de musique avec et le Concerto de violon de Sibelius.

Il n’aura fallu que quelques secondes pour que la prédiction de Valéry Gergiev s’accomplisse. L’intensité profonde de son impalpable pianissimo d’introduction auront suffit pour se retrouver submergé par l’émotion. , son magnifique posent l’image d’un lac matinal, calme et embrumé pour que le violon de s’y glisse sans qu’aucune vague vienne détruire l’harmonie bleutée de la surface. Quel son ! quel orchestre ! quel violon ! Il n’y a plus place pour autre chose que la musique. Une musique de symbiose totale entre le chef, son orchestre et le soliste qui s’investit au-delà même de ce que le souvenir de la soirée du festival Menuhin de 2008 où la complicité émotionnelle entre Valéry Gergiev et le violoniste Léonidas Kavakos avaient fait merveille dans leur interprétation d’un incroyable Concerto en ré majeur op. 35 de Tchaïkovski. Avec Sibelius, l’omniprésence du violoniste, l’extrême difficulté de la partition (on a donné la version originale de 1903, plus complexe que sa révision de 1905 généralement exécutée de nos jours) en fait l’œuvre parmi les plus difficile du répertoire violonistique. Et Kavakos, en maître de l’émotion, offre le son d’un violon ample, magistral, une ligne musicale sans aspérité aucune. Vivant sa musique, vibrant à celle de Sibelius, on le voit se mêler aux tutti des premiers violons comme si d’être le soliste ne lui suffisait pas. On surprend alors les sourires entendus qu’il échange avec les pupitres, comme pour partager avec eux le sublime qui se construit. Puis, seul, le violon s’échappe et soudain s’envole dans une fulgurance acrobatique sans que jamais ne disparaîsse l’intériorité du jeu. Les mots sont bien faibles pour exprimer ce qu’on peut ressentir devant tant d’intensité et d’authenticité dans le discours musical d’un tel artiste. Reste que le public ne s’y est pas trompé en réservant aux deux complices que restent Leonidas Kavakos et Valéry Gergiev, un tonnerre d’applaudissements. L’accolade spontanée et chaleureuse des deux artistes n’a fait que confirmer qu’on venait d’assister à un moment musical d’une rare qualité. Généreusement, et visiblement heureux, Leonidas Kavakos offre en bis l’Allemande de la 4ème sonate en mi mineur d’ (1858-1931) lui permettant de déployer un phrasé subtil et une maîtrise du son irréprochable.

Le concert aurait pu prendre fin là. Le plein d’émotions était fait. Une quarantaine de minutes de musique totale aurait comblé à bien des mélomanes. Etait-ce la motivation de certains spectateurs qui ont boudé le concert après l’entracte ? Saturation émotionnelle ou dîner en ville ? Qui sait ?

Après l’exacerbation du lyrisme de Sibelius, difficile d’entrer de plein pied dans le monument symphonique de la 5ème de Mahler. Si la Marche funèbre du premier mouvement s’insinue comme un prolongement du Concerto pour violon de Sibelius, bien vite l’esprit que Gergiev imprime à l’œuvre mahlérienne déstabilise. Empoignant cette symphonie avec une détermination hargneuse, il pousse le dans des éclats sonores et des stridences jurant avec les climats si subtils du compositeur finlandais. Même si la détermination, jusqu’à la brusquerie, du chef russe dans sa direction reste impressionnante, même si le LSO s’acquitte avec brio des ambitions volontaires de son chef, la construction intellectuelle complexe de cette symphonie peine à prendre l’auditeur dans son giron musical. Dans le second mouvement, Gergiev ne parvient pas à colorer avec assez de variété les motifs à répétition de Mahler, donnant ainsi l’impression de tourner en rond. Dommage, parce que dans le fameux Adagietto, on retrouve le chef russe dans des instants d’inspiration passionnelle qui font sa marque indélébile. Comme «ses» cordes sont belles ! On voudrait que jamais ces moments ne s’achèvent. Mais las ! Bientôt l’Allegro giocoso final nous envahit avec son flot de cuivres trop bruyants pour être glorieux.

Crédit photographique : © Raphael Faux

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