Gatti et Goerne font un malheur

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre du Chatelet. 23-IX-2010. Gustav Mahler (1860-1911) : Kindertotenlieder ; Symphonie n°5 en do dièse mineur. Matthias Goerne, baryton. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti

On ne saura sans doute jamais qui d’entre ou Mahler a rempli le Châtelet ce jeudi soir. Ce dont on est sûr par contre, c’est qu’à eux quatre – avec et l’ –, ils ont mis le public debout. Dès le début du cycle «Tout Mahler par Gatti», le chef avait confirmé son affinité avec le compositeur et Gœrne avait habité les lieder du Knaben Wunderhorn avec une délicatesse et une rage bouleversantes.

Aujourd’hui, dans les Kindertotenlieder, accompagné par un orchestre mieux dosé, mieux préparé, Mathias Goerne donne quelque chose d’encore plus fort. Ces «chants des enfants morts» tirent leur force de la distance, celle de l’évocation. La mort fait partie du passé et les poèmes s’achèvent comme en apesanteur : «La journée est belle sur ces hauteurs». Le soliste habite pleinement cet entre- deux paradoxal. Alors qu’il a l’intensité d’un Vulcain aux prises avec la lave, son légato et son phrasé semblent vouloir défier les lois de la gravité. En fait, la force de cette version c’est sa douceur. Et la bascule des sentiments. Dans l’intimité qui se développe avec l’orchestre, le public goûte chaque murmure, sa cruauté et son remède.

Plus le cycle Mahler avance, plus grande est l’exigence envers l’orchestre, le chef et le moment lui-même. La Symphonie n°5 a rajouté sa pierre à l’édifice sans déception aucune. Toujours aussi bien charpentée, emmené par des musiciens investis et unifiés, elle n’a fait économie ni de couleurs ni de dynamiques. Gatti rend très lisible cette œuvre foisonnante et travaille une pâte sonore à la fois âpre et voluptueuse avec beaucoup de doigté. Si les points de rupture ne sont pas assez soignés, le phrasé est, au contraire, bien dessiné, chanté, dansé même. Quintessence de la touche «Gatti», le dernier mouvement finit sur une note, sinon méditative, puissamment lyrique et sensuelle qui célèbre, dans ses accès impétueux, l’humain dans toutes ses dimensions.

Crédit photographique : Mathias Gœrne © Marco Borggreve

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