Concerts, La Scène, Musique symphonique

Prokofiev à Paris par les Rojdestvensky père et fils

Plus de détails

Paris. Cité de la musique. 13-X-2010. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour violon n°2 en sol mineur op. 63  ; Symphonie n°2 en ré mineur op. 40 ; Le Pas d’acier op. 41, suite pour orchestre. Sasha Rojdestvensky : violon ; Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern, direction : Guennadi Rojdestvensky.

Ce concert Prokofiev par les Rojdestvensky père et fils s’inscrit dans le cadre du Cycle Lénine, Staline et la musique actuellement en cours à la Cité de la musique. S’il était à priori l’occasion de mettre le doigt sur les rapports entre la politique de l’état soviétique et ses artistes, c’est paradoxalement le lien unissant les œuvres programmées et la France sur lequel est revenu avec sa voix si caractéristiquement russe dans son introduction orale, où il nous présenta également en détail les trois œuvres que nous allions entendre. Seul le petit film qui précéda cette allocution illustra le thème du cycle, le chef, filmé dans une bibliothèque, montrant un exemple pris dans une biographie d’époque du type de censure à la fois futile et mesquine qui sévissait alors.

Le concert débuta avec la Symphonie n°2 écrite à l’époque où Prokofiev résidait à Paris où elle fut d’ailleurs créée en 1925 à l’Opéra. Elle est écrite en deux mouvements fort contrastés, le premier, en un seul bloc très dramatique et puissamment sonore, précédant un second à variations nettement plus diversifié de ton et d’atmosphère, et «non dénué d’humour» comme nous l’annonça le chef dans sa présentation. Reconnaissons qu’il ne nous avait pas menti pour l’Allegro ben articolato initial lancé par les trompettes et repris par tout l’orchestre en un puissant ostinato. Et même si la direction de Rojdestvensky nous parut un peu moins dynamique et tranchante qu’il aurait idéalement fallu, avec un choix de tempo un peu «confortable», amenuisant légèrement la fureur contenu dans ce premier mouvement, l’ensemble était conforme à ce que le chef nous avait annoncé. Par contre nous cherchâmes en vain toute trace d’humour dans le second mouvement, mais comme le chef nous avait dit qu’il y en aurait, il fallait le croire sur parole et sans doute se rendre à l’évidence que l’humour «russe» ne nous est pas si facilement identifiable avec nos oreilles occidentales.

Le Concerto pour violon n°2 fut initié par une demande d’admirateurs du violoniste français Sœtens qui souhaitaient que Prokofiev lui écrive un concerto pour violon, comme le compositeur le raconte dans son autobiographie. Il écrivit la partie de soliste du premier mouvement à Paris et le reste dans divers lieux selon le parcours des concerts qu’il donnait en qualité de pianiste. La composition fut achevée à Bakou et la création eu lieu à Madrid. On retrouva le même style de direction que dans la symphonie, sans brusqueries ni arrêtes trop vives, favorisant le lyrisme de l’œuvre, en accord parfait avec le jeu du violoniste , qui employa dès l’expression de premier thème du premier mouvement un rubato plus marqué que souvent. Mais il était évident que le père et le fils avaient l’habitude de jouer ensemble et leur duo était fort bien huilé. On ne dira pas qu’on fut subjugué par le jeu du violoniste ni par le charme purement sonore qui n’était pas au sommet (cela fit défaut au second mouvement plus qu’ailleurs) et si on regretta ici où là un certain manque de puissance du violon parfois trop facilement couvert par un orchestre qui pourtant faisait preuve de bienveillance en ce domaine, l’interprétation fut néanmoins honorable à défaut d’enthousiasmante.

Finalement le meilleur moment de la soirée fut la suite extraite du ballet Le Pas d’acier dédié à Diaghilev et créé à Paris en 1927. Le chef s’y est sans doute un peu plus lâché, permettant à son orchestre de montrer son savoir faire et ses qualités d’ensemble coutumières des orchestres d’outre Rhin. Ils nous offrirent ainsi une impeccable fin de programme, plus immédiatement captivante, alors même que c’était l’œuvre la moins fameuse de la soirée.

Crédit photographique : © The Moscow State Philharmonic

Plus de détails

Paris. Cité de la musique. 13-X-2010. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour violon n°2 en sol mineur op. 63  ; Symphonie n°2 en ré mineur op. 40 ; Le Pas d’acier op. 41, suite pour orchestre. Sasha Rojdestvensky : violon ; Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken Kaiserslautern, direction : Guennadi Rojdestvensky.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.