Le voyage de Sir John sur le Rhin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 23-X-2010. Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Manfred op. 115 ; Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Double Concerto pour violon et violoncelle en la mineur op. 102. Thomas Zehetmair, violon ; Christian Poltéra, violoncelle ; Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner

L’ visite Paris en toute saison : qui s’en plaindrait, même si, après un passionnant Pelléas estival et avant un Freischütz en avril, ce programme d’automne n’est pas absolument réussi ? L’ouverture de Manfred, à force d’élans velléitaires et de trépidations, paraît confuse. Les sonorités peu fondues de l’orchestre, qui lui donnent habituellement un charme particulier, sonnent un peu brutes (surtout les bois). Le Double concerto fait ensuite alterner de réelles beautés avec des passages problématiques. Dans le premier mouvement, le dialogue ne s’installe que tardivement entre un orchestre tonique et des solistes mal appariés, le violon tirant ses interventions vers un modernisme acide, tandis que le violoncelle se perd dans des subtilités peu audibles. L’Andante rassérène, grâce à une meilleure entente collective. Dommage que l’énoncé du second thème frôle le ratage. Le finale se tient, porté par un orchestre enthousiaste et lumineux. Une lecture intéressante, qui assume le caractère improvisé de l’œuvre, mais semble trop décousue et inconfortable pour ne pas donner raison aux détracteurs de cette partition singulière.

En seconde partie, outre la surprise de voir et dans les rangs de l’orchestre, on a le plaisir d’entendre une mémorable Symphonie Rhénane, qui montre un revenu au sommet de sa forme. Le thème initial, puissamment charpenté, donne de l’élan au mouvement entier et les pupitres rivalisent de fougue, notamment les contrebasses. Le Scherzo est encore plus réussi, équilibrant la générosité souriante, le souci du détail et même la poésie, lorsque les sonorités magiques des cors évoquent soudain l’Or du Rhin. Le mouvement suivant, un peu rapide pour un « Nicht schnell », permet néanmoins d’admirer l’articulation particulière des cordes, plus souple que celle des orchestres modernes, sans pour autant perdre en précision. La procession du quatrième mouvement passe, malgré quelques incidents, avec une beauté funèbre, avant un finale athlétique et une péroraison époustouflante. Un voyage sur le Rhin tellement réussi qu’il semble trop court ! En bis, le mouvement lent du Concerto pour violon de Schumann est une heureuse idée, car il permet à de dialoguer avec , grand défenseur de cette œuvre mal aimée.

Crédit photographique : Thomas Zehetmair © Priska Ketterer

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