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Bilan contrasté pour Simon Boccanegra à Strasbourg

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Strasbourg. Opéra national du Rhin. 24-X-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, mélodrame en un prologue et trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito. Version révisée de Milan (1881). Mise en scène : Keith Warner. Décors : Boris Kudlicka. Costumes : Kaspar Giarner. Lumières : Wolfgang Gœbbel. Avec : Sergey Murzaev, Simon Boccanegra ; Michail Ryssov, Jacopo Fiesco ; Nuccia Focile, Amelia Grimaldi / Maria Boccanegra ; Andrew Richards, Gabriele Adorno ; Roman Burdenko, Paolo Albiani ; Arnaud Richard, Pietro ; Susan Griffiths, une Servante ; Mario Montalbano, un Capitaine. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Rani Calderon

Crée sans grand retentissement à la Fenice de Venise le 12 mars 1857, six ans après Rigoletto, quatre ans après Le Trouvère et La Traviata, Simon Boccanegra est une œuvre à laquelle tenait beaucoup.

Il y appliquait en effet les principes de sa rénovation de l’opéra, visant un flux musical continu, abandonnant la découpe trop marquée en airs et ensembles, creusant la psychologie des caractères ; c’est probablement ce qui a dérouté ses contemporains. Parvenu à la pleine maturité, Verdi retravailla son ouvrage en profondeur et avec acharnement pour, enfin, connaître le succès le 24 mars 1881 à la Scala de Milan.

Le livret est complexe, avec une ellipse temporelle de 25 ans entre le prologue et le premier acte, où l’on retrouve les protagonistes vieillis et mûris et même, dans le cas de Maria, la fille de Simon, ayant carrément changé d’identité. Le metteur en scène essaye donc, sans pleinement y parvenir, à le clarifier en montrant au lever de rideau les relations au départ de l’intrigue, en habillant (costumes de Kaspar Giarner) les patriciens d’un monde révolu en costumes moyenâgeux et le peuple, porteur d’avenir, en costumes contemporains. La direction d’acteurs soignée n’évite pas les gestes grandiloquents et convenus. Le décor habile mais sans surprise de Boris Kudlika est fait d’un fond bleu pour les scènes d’extérieur et de grands panneaux mobiles réversibles, uniformément gris sur une face pour les plans nocturnes, ornés de fresques inspirées de Mantegna sur l’autre pour les logis de la noblesse. Un dispositif qui assure une variation fluide des atmosphères mais finit par lasser dans son systématisme. On a, au final, le sentiment que et son équipe n’ont pas trouvé d’idée forte à mettre en exergue, de fil directeur pour unifier leur vision, et se sont contentés d’une mise en images de bon aloi. Seuls les éclairages tranchants de Wolfgang Gœbbel ravivent l’intérêt, révélant un visage qui sort de l’ombre, insistant sur des mains expressives ou composant de splendides contre-jours.

campe un Simon Boccanegra solide et d’une insolente santé vocale. L’air du Conseil «Plebe ! Patrizi ! Popolo !» est, à ce titre, glorieux et d’un impressionnante autorité. L’art de la demi-teinte lui est cependant plus difficile, comme le montre sa mort détimbrée et appauvrie de texture. On sent peu la fêlure et le doute chez ce Doge de Gênes plutôt monolithique. Cette recherche de nuances, cette variété des intonations et des phrasés, le Gabriele Adorno de en use au centuple ; il réussit ainsi un portrait subtil et extraordinairement nuancé, aux aigus en voix de poitrine ou en voix mixte parfaitement négociés. Pleine d’intentions et avec de jolis sons filés, l’Amelia/Maria de Nuccia Foccile peine plus à convaincre ; ce timbre pointu, cette allure scénique plus plébéienne sont ceux d’une Suzanna, d’une Mimi éventuelle mais pas ceux d’un grand soprano verdien, auquel il manque les essentielles rondeur et noblesse vocales. Le Fiesco de Michal Ryssov est franchement en retrait, avec son timbre engorgé et élimé et sa diction mâchée ; ses deux affrontements avec Simon Boccanegra tournent ainsi nettement à l’avantage de ce dernier. En revanche, Roman Burdenko, voix saine et émission tranchante, donne son plein relief au traître Paolo.

Du côté de la fosse, l’ réalise une jolie performance, aussi capable de violence dans les tutti que de légèreté de texture. On s’avouera moins enthousiasmé par la direction très voire trop contrastée de . Après un prologue curieusement éteint, il se révèle extrêmement dramatique, communicant une intense énergie à la scène du conseil – peut-être le moment le plus abouti de la soirée, où les Chœurs de l’Opéra national du Rhin apportent leur énergie désormais coutumière – mais manque de poésie pour l’air d’Amelia et surprend par ses variations brutales et intempestives de tempo.

Impressions mitigées donc pour ce Simon Boccanegra de l’Opéra national du Rhin, accueilli toutefois chaleureusement par le public strasbourgeois.

Crédit photographique : (Simon Boccanegra), Mikhail Ryssov (Jacopo Fiesco) © Alain Kaiser / Opéra National du Rhin

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Strasbourg. Opéra national du Rhin. 24-X-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Simon Boccanegra, mélodrame en un prologue et trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Arrigo Boito. Version révisée de Milan (1881). Mise en scène : Keith Warner. Décors : Boris Kudlicka. Costumes : Kaspar Giarner. Lumières : Wolfgang Gœbbel. Avec : Sergey Murzaev, Simon Boccanegra ; Michail Ryssov, Jacopo Fiesco ; Nuccia Focile, Amelia Grimaldi / Maria Boccanegra ; Andrew Richards, Gabriele Adorno ; Roman Burdenko, Paolo Albiani ; Arnaud Richard, Pietro ; Susan Griffiths, une Servante ; Mario Montalbano, un Capitaine. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (chef de chœur : Michel Capperon), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Rani Calderon

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