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Mahler, Janowski, Iris Vermillion, l’extase cohérente

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 24-X-2010. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°2 en ut mineur « Résurrection ». Genia Kühmeier, soprano ; Iris Vermillion, mezzo-soprano. Rundfunkchor Berlin (chef de chœur : Simon Halsey). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski

« Aufersteh’n, ja aufersteh’n wirst du ». Quand, dans un impalpable pianissimo, les quatre-vingt membres du Rundfunkchor de Berlin entonnent cette promesse de résurrection au dernier mouvement de la Symphonie n°2 de Mahler, on comprend soudain que l’art musical atteint son apogée. Tant dans l’œuvre sublime du compositeur que dans l’interprétation des musiciens. Il ne reste qu’une quinzaine de minutes avant l’accord final de cette tourmente musicale, de cette plongée terrifiante dans l’abîme de nos vies lorsque, s’élevant comme une seule voix, la beauté du chant choral stigmatise l’apaisement des tourments de l’âme qui finalement s’étend sur le monde, sur l’Homme poursuivi par ses questionnements. Soudain, ces quelques notes admirablement susurrées ouvrent l’espoir d’une consolation, d’un réconfort divin. Encore faut-il que ces pages malhériennes soient traduites avec la profondeur, la spiritualité, l’emphase même nécessaire à ce que le message pénètre l’auditoire. Il faut la maturité, l’implication profonde de l’humilité, l’intelligence sacrée pour qu’un chœur comme celui du Rundfunkchor de Berlin réponde à l’appel d’un habité pour donner l’émotion contenue dans cette apothéose de la partition de Mahler.

Lorsque soudain la mezzo-soprano émerge d’entre les bois, sa figure filiforme offre la vision de cette rose à laquelle la chanteuse confie le désarroi de l’homme. L’intensité de son chant, l’autorité de sa voix planant au-dessus de l’orchestre offre un autre moment d’authenticité habitée.

Si ce feu sacré reflète le moment le plus intense de cette interprétation, c’est qu’il a été amené à ce degré d’incandescence émotionnelle par la cohérence musicale imprimée dès les premiers accents de l’admirable symphonie de Mahler au travers de la grandiose baguette de qui récoltait ici, les années de travail accompli avec l’ pour l’amener à un niveau d’excellence qu’il avait perdu. Imprimant une palette de couleurs orchestrales donnant corps au discours torturé de l’œuvre, le chef allemand réussit à contenir son ensemble même dans les forte les plus éclatants des premiers mouvements afin de préserver encore la puissance de son souffle pour le glorieux fortissimo final.

Quatre-vingt minutes d’une musique intense, extrême qui, malgré des violons qu’on aurait préférés plus lyriques, moins agressifs, mais avec des violoncelles, des contrebasses et des cuivres irréprochables, s’affirme comme l’une des plus belle prestation de l’Orchestre de la Suisse Romande de ces dernières années. Le public ne s’y est pas trompé quand il réserve un triomphe largement mérité à l’ensemble, mais plus encore à l’extatique et cohérente direction d’orchestre de son chef titulaire : Marek Janowski.

Crédit photographique : Marek Janowski © Felix Bröde

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