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Dijon, Auditorium. 28-X-2010. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio pour cordes, op. 11. George Crumb (né en 1929) : Black Angels (Thirteen Images from the Dark Land) ; Return, quatuor à cordes. Leonard Bernstein (1918-1990)  : Sérénade pour violon solo et orchestre d’après Le Banquet de Platon. Ma nuit américaine, airs de jazz contemporain interprétés par le Grimal Quartet. Ensemble instrumental Les Dissonances ; violon solo et direction : David Grimal. Grimal Quartet : Alexandra Grimal, saxophone ; Nelson Veras, guitare ; Thomas Morgan, contrebasse ; Dré Pallemaerts, batterie

On parle beaucoup de l’Amérique en ce moment à Dijon : les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le concert des Dissonances… Ce dernier prétend donner un aperçu de la culture musicale d’outre-Atlantique en choisissant trois aspects bien différents de celle-ci : en premier, le côté sentimental, ensuite l’aspect contestataire des années soixante dix, et enfin le témoignage de l’assimilation de la culture européenne assaisonnée au ketchup. Pourquoi pas ?

L’Adagio de touche toujours les cœurs sensibles grâce à l’emploi en boucle de son thème sans cesse ressassé. Est-ce la similitude avec le «tube» baroque qu’est le Canon de Pachelbel qui lui vaut cette popularité ? L’interprétation qu’en fait l’ensemble n’apporte pas de nouvelle lecture de ce seul opus connu de son auteur. Il est vrai qu’on ne peut guère trouver ce qui n’existe pas…

Le quatuor de utilise toutes les sonorités auxquelles nous a habitués Penderecki depuis la composition du Thrène pour les victimes d’Hiroshima en 1960. Les instruments à cordes frottées sont décidément bien diaboliques ! Quelques trouvailles sonores poétiques émaillent la partition, telles les citations en harmoniques d’œuvres anciennes, ou bien les bribes de mélodies jouées aux verres d’eau ; les interprètes enchainent les différentes pièces avec maestria et se jouent de toutes les difficultés de cette partition virtuose.

Le titre de l’œuvre de laisse plus d’un auditeur perplexe ; le rapport avec Le Banquet de Platon n’apparait pas vraiment nettement, et ceci soulève à nouveau la question : qu’est-ce que la musique à programme (on peut se référer sur ce sujet, au premier chapitre du livre de Laurence le Diagon-Jacquin sur l’œuvre de Franz Liszt) ? En fait, il n’est pas nécessaire d’avoir lu les écrits du philosophe grec pour apprécier la suite instrumentale du musicien américain. Tour à tour néoromantique, néoclassique, il manie avec virtuosité aussi bien le contrepoint «à la Bartók», comme dans Phaedrus, que l’écriture polytonale ou le style concertant qui met en valeur le soliste . La dernière pièce, Alcibiades, est éblouissante, non seulement à cause de son tempo endiablé, mais aussi parce que l’orchestre et le soliste savent surmonter les difficultés rythmiques qui rendent la mise en place périlleuse. Les musiciens bissent ce dernier morceau dans lequel ils se sentent à ce moment là visiblement plus détendus pour faire passer le côté»fête de campagne américaine» de cette dernière fraction du Banquet.

Qui dit évocation musicale des Etats-Unis ne peut que penser au jazz, qui peut apparaître comme une musique emblématique de ce pays, car elle est sans doute la seule qui soit originale et qui ne doive rien à l’Europe. La deuxième partie de la soirée est donc attendue avec impatience par un public avide de swing et d’improvisations : chic, un bœuf ! On est vite déçu : non, le jazz n’est plus cela. Il est devenu une musique invertébrée où la pulse n’a plus sa place, musique en grande partie écrite, musique de bavards dans laquelle l’énergie vitale formidable qui émanait d’elle est remplacée par des notes… Quel dommage !

Crédit photographique : Alexandra Grimal © Hélène Collon

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Dijon, Auditorium. 28-X-2010. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio pour cordes, op. 11. George Crumb (né en 1929) : Black Angels (Thirteen Images from the Dark Land) ; Return, quatuor à cordes. Leonard Bernstein (1918-1990)  : Sérénade pour violon solo et orchestre d’après Le Banquet de Platon. Ma nuit américaine, airs de jazz contemporain interprétés par le Grimal Quartet. Ensemble instrumental Les Dissonances ; violon solo et direction : David Grimal. Grimal Quartet : Alexandra Grimal, saxophone ; Nelson Veras, guitare ; Thomas Morgan, contrebasse ; Dré Pallemaerts, batterie

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