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Le baryton George Petean, heureusement…

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Lausanne. Théâtre de Beaulieu. 29-X-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, mélodrame en trois actes sur un livret d’Antonio Somma. Mise en scène et lumières : Philippe Sireuil. Décors : Didier Payen. Costumes : Jorge Jara. Avec : Roberto Aronica, Riccardo ; Adriana Damato, Amelia ; George Petean, Renato ; Mariana Pentcheva, Ulrica ; Elizabeth Bailey, Oscar ; Sacha Michon, Silvano ; Francesco Palmieri, Samuel ; Manrico Signorini, Tom ; Jean-Raphaël Lavandier, le Juge ; Pierre-Yves Tétu, le Serviteur d’Amelia. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot), Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Stefano Ranzani

Un Ballo in Maschera

Y a-t-il une cohérence à transposer le livret du Ballo in Maschera à notre époque ? Ou plutôt à celle des Etats-Unis des années soixante ? Probablement pas plus que de l’imaginer sur la planète Mars ! Le metteur en scène Philippe Sireuil affirme avoir été impressionné par l’assassinat du sénateur Robert Kennedy au point d’en faire l’accroche du Ballo in Maschera de Verdi monté à Lausanne en co-production avec l’Opéra Royal de Wallonie de Liège. Sa transposition n’apporte malheureusement rien à l’intrigue. Pire, on se dit qu’heureusement que le metteur en scène belge n’a pas également été impressionné par le 11 septembre, la disparition de Tino Rossi ou l’avènement médiatique de Lady Gaga car, qui sait si une telle éventualité ne l’aurait pas porté à une transposition tout aussi inutile que celle qu’il présente. Tout en lui reconnaissant la réussite du tableau de la dernière scène de l’opéra lorsque Riccardo, poignardé, agonise à la tribune de son auditoire, avec ses fans accablés, prostrés sur le sol de la salle du discours. Fallait-il pour autant ridiculiser cet épisode en montrant le mourant tapotant sur le micro de sa tribune pour en vérifier le fonctionnement ? Quant aux autres scènes, elles nous plongent souvent dans le désarroi scénique. A l’image du bal fatal où les chœurs apparaissent subitement sur le côté de la scène pour disparaître tout aussi rapidement, pour réapparaître par deux fois successives. N’y a-t-il rien d’autre à montrer ? Ailleurs encore, comment croire qu’Amelia sortant de sa Cadillac va trouver l’hellébore de l’orrido campo dans ce parking souterrain ? De même, les années Kennedy où fleurit la génération «Peace and Love» sont encore bien éloignée de celle des junkies qui entourent l’Ulrica créole et plantureuse prédisant l’avenir depuis une cabane de tôle. Ces mélanges de genre, d’époques et de lieux au simple dessein de coller l’intrigue verdienne à l’histoire caricaturée de Philippe Sireuil est loin d’enthousiasmer le public venu pour assister à l’un des plus beaux opéras de Verdi.

Resterait la musique si la direction d’orchestre, l’orchestre et la plupart des solistes s’attachaient à l’exprimer à la hauteur de la superbe partition de Verdi. Un orchestre par ailleurs souvent bruyant, voir même lourd s’éloigne de la finesse de cette partition. En cause, le chef italien qui déstabilise son monde en choisissant des tempos de sénateur ou trop rapides, quand il ne les change pas en cours de route, mettant les solistes fréquemment en danger. Certes, la distribution lausannoise semble trop mal préparée, sinon mal choisie, pour faire preuve d’homogénéité. Alors, chacun chante pour soi, et c’est à qui brillera le mieux.

Ainsi, après un bon début, le ténor Roberto Aronica (Riccardo) montre des signes de fatigue vocale qui peu à peu le mette en conflit avec le diapason. Forçant sa voix qui «serre» de plus en plus, il termine sa prestation à l’arraché. A ses côtés, avec une voix inégale, criant ses aigus, engorgeant son médium et la quasi inexistence de graves, la soprano Adriana Damato peine à convaincre. Trop occupée à figurer dans une partition trop lourde pour son instrument, elle oublie le livret et le théâtre pour n’être qu’un personnage sans connexion d’avec les autres caractères. Ne regardant jamais ses aprtenaires, comment croire à son amour pour Renato. Dans les rôles annexes, avec un vibrato s’élargissant dangereusement, la mezzo bulgare Mariana Pentcheva n’a malheureusement plus la voix de son Ulrica de La Scala de 2001 et, qu’en dépit de son jeu de scène éclatant (quoique parfois quelque peu vulgaire lorsqu’elle jette se pieds sur les tables devant les généraux décorés ou qu’elle mâche sempiternellement son chewing-gum), la soprano Elizabeth Bailey (Oscar) peine étrangement à faire passer sa voix par-dessus l’orchestre.

Alors ? Rien ? Non pas. Heureusement, à lui seul, le baryton (Renato) sauve le spectacle. Déjà remarqué en Rodrigo dans un Don Carlo à Munich en juillet de cette année ou du Trovatore genevois de l’an dernier, le baryton roumain s’affirme comme l’un des plus grands interprètes actuels du répertoire verdien. Sa voix bronzée imprime son personnage de l’humanité nécessaire à l’amitié qu’il porte à Riccardo alors, que ses couleurs sombres excellent dans la personnification de l’homme jaloux en proie à la furie contre son épouse infidèle. S’ingéniant à conserver une ligne de chant modèle, sans jamais être dans la représentation, son Eri tu signe l’apogée d’une prestation exemplaire.

Crédit photographique : Adriana Damato (Amelia), Roberto Aronica (Riccardo) ; Adriana Damato (Amelia), Elizabeth Bailey (Oscar), Renato (Roberto), Aronica (Riccardo) © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Théâtre de Beaulieu. 29-X-2010. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Un Ballo in Maschera, mélodrame en trois actes sur un livret d’Antonio Somma. Mise en scène et lumières : Philippe Sireuil. Décors : Didier Payen. Costumes : Jorge Jara. Avec : Roberto Aronica, Riccardo ; Adriana Damato, Amelia ; George Petean, Renato ; Mariana Pentcheva, Ulrica ; Elizabeth Bailey, Oscar ; Sacha Michon, Silvano ; Francesco Palmieri, Samuel ; Manrico Signorini, Tom ; Jean-Raphaël Lavandier, le Juge ; Pierre-Yves Tétu, le Serviteur d’Amelia. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot), Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Stefano Ranzani

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