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Le vagabond ensorcelé de Chtchedrine : splendide réussite!

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Paris. Théâtre du Chatelet. 02-XI-2010. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Le vagabond ensorcelé, opéra pour salle de concert sur un livret du compositeur. Mise en scène : Alexeï Stepaniouk ; décors : Alexander Orlov ; costumes : Irina Cherednikova ; lumière : Yevgueni Ganzburg ; chorégraphie : Dmitri Korneïev. Sergeï Aleksachkine, Ivan ; Kristina Kapustinskaïa, Groucha / une narratrice ; Andreï Popov, Le moine / Le prince / Le magnétiseur. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev

Après le ballet Le petit cheval bossu représenté la veille sur cette même scène du Chatelet par la troupe du Théâtre Mariinsky, une autre œuvre du compositeur russe était à l’honneur ce soir, l’»opéra pour salle de concert» intitulé, selon les traductions, Le vagabond ensorcelé ou Le voyageur ensorcelé. Cette œuvre conçue pour se passer de mise en scène nous était proposée ce soir en version «opéra» avec décors, costumes, scénographie et chorégraphie. C’était l’occasion de vérifier justement l’apport de la mise en scène par rapport à la version purement sonore dont nous disposons depuis peu et à une exception près (le ténor) avec la même distribution dans l’enregistrement publiée en SACD sous le propre label du Mariinsky.

Nous renvoyons le lecteur à l’article relatif à l’enregistrement pour plus d’information sur cette œuvre créée en 2002 par Lorin Maazel à New York. Il semble que depuis, et sa troupe du Mariinsky aient décidé de populariser cet opéra contemporain, emmenant en tournée leur production créée pour les représentations de 2008 à Saint-Pétersbourg. Et disons le tout de suite, vue la qualité du spectacle offert ce soir, on ne le regretta pas. Car les spectateurs présents, qui n’avaient pas rempli à raz bord la salle du Chatelet, ont assisté à un magnifique spectacle, qui était non seulement esthétiquement superbe, mais très subtil et intelligent, apportant à cet œuvre, qui en écoute aveugle peut risquer la monotonie, une incontestable, voire indispensable, plus-value.

On l’a dit, la première qualité de ce spectacle fut sa grande réussite visuelle. L’espace scénique très simple se prêtait, moyennant discrètes adaptations (ici une corde, là une table et deux chaises, etc. ), à l’illustration de chacun des épisodes évoqués au long de cette histoire racontée en flash back par les personnages eux-mêmes et par un chœur extérieur à l’action. C’était là une des difficultés de cette œuvre que de passer subtilement du récit à l’action, pour revenir au récit, comme en fondu enchainé cinématographique. Metteur en scène et chorégraphe, aidés par de magnifiques jeux de lumières, ont formidablement réussi à donner fluidité et naturel à ces transitions qui n’étaient a priori pas évidentes. L’équilibre entre la chorégraphie et la scénographie était un sans faute absolu, les trois protagonistes étant à chaque fois accompagnés par un groupe de danseurs illustrant ou participant à l’action sans l’alourdir. Profitant que l’œuvre n’est pas encore devenue classique et multi représentée, le metteur en scène a pu réaliser son idéal en toute liberté, sans être bridé par l’obsession de ne pas refaire ce que ses prédécesseurs avaient déjà fait, nous offrant une réalisation d’une classe et d’une élégance suprême en même temps que d’une idéale fidélité au texte.

La direction d’acteur n’était pas en reste avec la très convaincante incarnation physique des six différents personnages, dont trois sont tenus par le seul ténor Andreï Popov qui se transfigura dans ces trois rôles, et deux par la soprano Kristina Kapustinskaïa, même si le rôle de narratrice est anecdotique par rapport à celui de Groucha. Le rôle principal d’Ivan, bon bougre un peu simple qui ne maitrise pas vraiment ce qui lui arrive, fut joué exactement dans cet esprit par la basse Sergeï Aleksachkine. S’ils furent tous trois excellents dans leur incarnation, Kristina Kapustinskaïa se montra particulièrement remarquable, aussi bien dans ses expressions que dans ses mouvements, y compris chorégraphiques, et emporta haut la main l’adhésion du public, d’autant plus que sa performance vocale fut au plus haut, en aisance, en naturel, en expression, plus parfaite que dans son enregistrement. Pour la réalisation orchestrale, nous avons retrouvé les qualités d’engagement et d’animation indispensables à la réussite de cette œuvre, que et son orchestre avaient montré dans le disque, même si, peut-être s’étaient-ils montrés encore plus précis et tranchant devant les micros que ce soir à Paris.

On dit souvent que l’opéra est «le» spectacle total par excellence, cette représentation en est le parfait exemple, avec une musique abordable par tous même si exigeante dans sa concentration, une scénographie qui est sans doute une des plus parfaites et réussies que nous ayons vue depuis longtemps, et des interprètes à leur meilleur. Quand tout fonctionne à merveille comme ce soir, l’opéra a peu de rival. Le public fut manifestement ravi, à en croire les applaudissements adressés à toute la troupe ainsi qu’au compositeur venu rejoindre l’ensemble de l’équipe sur scène, et les commentaires glanés au hasard après cette remarquable représentation.

Crédit photographique : Sergey Aleksachkine (Ivan) © N. Razina / V. Baranovsky

 

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Paris. Théâtre du Chatelet. 02-XI-2010. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Le vagabond ensorcelé, opéra pour salle de concert sur un livret du compositeur. Mise en scène : Alexeï Stepaniouk ; décors : Alexander Orlov ; costumes : Irina Cherednikova ; lumière : Yevgueni Ganzburg ; chorégraphie : Dmitri Korneïev. Sergeï Aleksachkine, Ivan ; Kristina Kapustinskaïa, Groucha / une narratrice ; Andreï Popov, Le moine / Le prince / Le magnétiseur. Chœur et Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev

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