Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

La création sous toutes ses formes

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Perpignan, Auditorium du CRR. 13-XI-2010. Iannis Xenakis (1922-2001) : Dmaathen pour percussions et saxophone soprano. Arturo Corrales (né en 1973) : Idem pour marimba, 11 woodblocks et grosse caisse ; Muchos guaitacaminos, madrigal pour marimba, saxophone et électronique (création mondiale). Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Saxophon pour saxophone et bongo. Michelangelo Lupone (né en 1953) : Instabile (création mondiale). Duo Pulsaxion : Radek Knop, saxophones ; Philippe Spiesser, percussions ; Christophe Bergon, scénographie lumière.

Festival Aujourd’hui Musiques

Au fil des années – bientôt vingt ans d’existence! – le Festival Aujourd’hui Musiques de Perpignan ne cesse d’élargir ses horizons pour accueillir la création musicale sous toutes ses formes : tel est le propos de l’édition 2010 dont les 14 manifestations données à guichet fermé (du 10 au 21 novembre) font le plus souvent appel aux relations musique/image ou musique/espace ; la présence de l’électronique, d’installations sonores, du cinéma – les images du film muet d’Ernst Lubitsch Die Austernprinzessin en adéquation subtile avec la création sonore de Laura Bianchini par exemple – voire même du cirque affirme assez clairement le désir d’ouverture et de transversalité qui anime l’esprit de son directeur Daniel Tosi et fonde désormais l’identité du festival.

Le Duo Pulsaxion – et – compte désormais parmi les fidèles d’Aujourd’hui Musiques, invité chaque année depuis 2006 à conjuguer les forces vives du saxophone et de la percussion ; les deux interprètes avaient fait appel cette année au scénographe pour transformer leur concert en un «scénario» sans interruption à la faveur d’une mise en espace et en lumière des plus suggestive. La soirée débutait haut et fort avec la transcription pour saxophone soprano et percussions – effectuée par lui-même – de Dmaathen (l’original est pour hautbois et percussions) de dont on fêtrea en 2011 les dix ans de la disparition : Dmaathen est une pièce saisissante dont on mesure d’emblée la radicalité du geste et la fulgurance du timbre ; ni dialogue, ni discours dans cette musique, mais le phénomène sonore en soi – longues colonnes de sons multiphoniques au saxophone cernés par le crépitement des congas et bongos – à apprécier en tant que tel et magistralement servi par les deux instrumentistes rompus à cette éthique du son xénakienne.

D’Arturo Corrales – architecte et compositeur sud-américain né au Salvador – nous entendions ensuite une création mondiale (commande du Festival), Muchos guaitacaminos, pour saxophone ténor, marimba et électronique ; l’œuvre foisonnante sollicite tout à la fois l’énergie constante des interpètes – slaps détonants du saxophone – et la présence de l’électronique qui, par salves répétées, vient saturer l’espace dans une atmosphère festive et colorée. Idem, seconde pièce du compositeur sud-américain, était donnée en solo par avec cette touche de théâtralité qui d’emblée concentre l’attention. L’énergie s’exerçe ici sur la grosse caisse, source de déflagrations inouïes auxquelles répondent les sonorités sensuelles d’un marimba serties des résonances jubilatoires de 11 wood-blocks dans un assemblage sonore atypique autant que réussi.

Sur fond «bleu Klein» et profilé en ombre chinoise, Radek Knop jouait par cœur – Stockhausen oblige – Saxophon, une pièce de 1977 (extraite du cycle Jahreslauf) qui s’inscrit désormais dans le répertoire solo du saxophone soprano. Stochkausen y dessine une ligne d’une grande pureté, toute en fluidité et sons glissés dont le jeu lissé de Radek Knop nous fait apprécier la précision et le raffinement d’écriture. Dans un effet de perspective très original, le bongo de Philippe Spiesser participe de ce rituel sonore.

La deuxième création de la soirée convoquait de nouveau les deux musiciens et l’électronique live. Véhiculant un propos politique, Instabile du compositeur romain Michelangelo Lupone met à l’œuvre l’équilibre constamment rompu entre les deux sources instrumentales traitées et amplifiées ; développant une dramaturgie intéressante, la pièce évolue dans un processus de tension et de libération des forces en présence ; lâchés in extremis dans une improvisation débridée, les deux interprètes terminent le concert dans une stridence hystérique autant qu’inquiétante.

Crédit photographique : © DR

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Perpignan, Auditorium du CRR. 13-XI-2010. Iannis Xenakis (1922-2001) : Dmaathen pour percussions et saxophone soprano. Arturo Corrales (né en 1973) : Idem pour marimba, 11 woodblocks et grosse caisse ; Muchos guaitacaminos, madrigal pour marimba, saxophone et électronique (création mondiale). Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Saxophon pour saxophone et bongo. Michelangelo Lupone (né en 1953) : Instabile (création mondiale). Duo Pulsaxion : Radek Knop, saxophones ; Philippe Spiesser, percussions ; Christophe Bergon, scénographie lumière.

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