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Till Fellner, un nouveau maître pour Beethoven

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Paris, Salle Gaveau, 4-XII-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 30 en mi majeur op. 109, n° 31 en la bémol majeur op. 110, n° 32 en ut mineur op. 111. Till Fellner, piano.

Au terme de son intégrale des sonates de Beethoven engagée il y a trois ans, le pianiste viennois se hausse au rang des interprètes de Beethoven les plus remarquables et convaincants.

Ce qui frappe toujours chez lui, c’est son respect absolu des indications du compositeur. Il les met scrupuleusement en pratique, ne serait-ce que celles au début de chaque mouvement : Vivace ma non troppo ou Prestissimo ben marcato pour les deux premiers mouvements de l’opus 109, Moderato cantabile molto espressivo pour le premier de l’opus 110 ou encore Adagio molto semplice e cantabile pour l’»Arietta» de l’opus 111. Eminent constructeur, il pose solidement ses pierres, une par une, pour nous dévoiler progressivement une immense tour d’universalité. Dans son chantier parfaitement ordonné, il nous montre comment accumuler les forces pianistiques, notamment à travers la «Fugue» de la Sonate en la bémol majeur. Il y utilise les pédales de façon extrêmement efficace, en sorte que le sujet et le contre-sujet soient clairement mis en valeur, sans aucune ambiguïté, comme les sculptures sur la façade d’une cathédrale. Dans ce travail gigantesque, méticuleusement édifié où aucun détail n’est négligé, son interprétation n’en est pas moins émouvante : l’expression très subtile dans les moments calmes, au son pur et velouté, est tout simplement une merveille. Mais même dans ces passages expressifs, il ne se laisse jamais emporter par l’émotion, ceux-ci constituant des parties intégrantes du plan de l’architecture minutieusement élaborée.

Il conçoit chacune de ces Sonates ainsi que la série de ces trois dernières chefs-d’œuvre comme un tout, une suite logique, ou comme un cycle monumental. Ainsi, il nous apparaît comme l’un des «passeurs» sans doute les plus authentiques des idées beethoveniennes à dimension cosmique.

Comme les applaudissements fougueux et interminables de la fin de la soirée l’ont témoigné, ce musicien-bâtisseur a définitivement conquis le public parisien.

Crédit photographique : © Peter Mathis

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Paris, Salle Gaveau, 4-XII-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonates pour piano n° 30 en mi majeur op. 109, n° 31 en la bémol majeur op. 110, n° 32 en ut mineur op. 111. Till Fellner, piano.

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