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Anja Harteros à Genève, des scampis à la sauce chasseur

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 10-I-2011. Ouvertures et airs célèbre de Giuseppe Verdi (1813-1901), Gioacchino Rossini (1792-1868), Francesco Cilea (1866-1950), Giacomo Puccini (1858-1924), Pietro Mascagni (1863-1945). Anja Harteros, soprano. Orchestre de la Suisse Romande, direction : Marek Janowski

Souvent, nos lignes ont fait écho des progrès accumulés par l’ depuis que sa destinée a été mise entre les mains de . Clarté des pupitres, variation des couleurs, précision des ensembles sont les points qui ressortent le plus souvent du travail accompli pendant ces années passées. Ce concert a nouveau mis en avant ces qualités retrouvées. Donc, tout s’annonçait pour le mieux dans le meilleur des mondes musicaux si… n’avait pas concocté une drôle de cuisine. Au menu, des airs et ouvertures célèbres d’opéras italiens. Un florilège d’airs et de mélodies que chacun fredonne dans sa salle de bains. Malheureusement, la construction de ce programme populaire passant de l’ouverture de La Forza del Destino à celle de Semiramide de Rossini, du Poveri Fiori d’Adrienne Lecouvreur de Mascagni au prélude du premier acte de La Traviata puis au Vissi d’arte de Tosca donne un goût bizarre à cette cuisine musicale. Comme un repas où tout serait mélangé. Chaque plat est préparé avec soin. Les scampis sont parfaitement cuits. On en hume les senteurs huilées. A côté, la sauce chasseur mijote. Aucuns des ingrédients n’y manquent. Tout est prêt pour le régal. Le malheur a voulu qu’on mélange les deux. C’est immangeable !

La musique italienne est chargée d’une vie bien particulière, de sang bouillonnant, d’émotion spontanée, de fantaisie. Or, Janowski la «symphonise». Dès l’ouverture de La Forza del Destino, il se lance dans un bombardement de notes jouées à pleine puissance alourdissant malencontreusement le propos musical de Verdi. Le malaise s’installe. Où est Verdi, où est l’Italie, son soleil, sa lumière ? Ouvrant toutes les vannes du volume sonore de son orchestre, c’est une explosion de sons qui n’a rien à voir avec l’esprit «fanfaresque» enjoué de la musique du maître de Busseto. En recherchant uniquement la subtilité et la diversité des couleurs orchestrales, perd l’essence de la musique, de ce qu’elle raconte dans l’instant. Le summum du mauvais goût s’entendra dans l’intermezzo de Manon Lescaut de Puccini. Alors que cette mélodie est empreinte de la plus grande simplicité, de la douleur profonde de Manon dans sa longue marche vers le bagne et la mort, Janowski nous fait entendre Mahler !

Un tel manque d’italianité ne favorise pas la tâche de la soprano . Si la soprano ne possède pas la projection vocale que la tradition du chant italien promeut, sa voix profonde, bien structurée, reste très belle. A peine si on décèle quelques étrangetés dans le positionnement vocal de certaines voyelles, quelques hésitations dans le passage entre le registre grave et l’aigu et une diction encore incertaine. Néanmoins dotée d’une puissance sans stridences, d’un phrasé agréable, elle est l’une des valeurs sûres du chant lyrique. Il faut reconnaître qu’avec la rigueur excessive du chef, n’a pas eu la possibilité de pleinement exprimer son chant, et ce ne sera qu’en fin de concert que son Son pochi fiori de L’Amico Fritz de Mascagni laissera paraître le véritable potentiel de cette voix.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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