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Vision christique pour le Viol de Lucrèce de Britten

La Scène, Opéra, Opéras

Nantes. Théâtre Graslin. 16-I-2011. Benjamin Britten (1913-1976) : Le viol de Lucrèce, opéra en 2 actes sur un livret de Ronald Duncan. Mise en scène : Carlos Wagner. Décors & costumes : Conor Murphy. Lumières : Peter Van Praet. Avec : Delphine Galou, Lucretia ; Benedict Nelson, Tarquinius ; Jean Teitgen, Collatinus ; Armando Noguera, Junius ; Svetlana Lifar, Bianca ; Katherine Manley, Lucia ; Robert Murray, Male Chorus ; Judith Van Wanroij, Female Chorus. Ensemble Da Camera, direction : Marc Shanahan

The Rape of Lucretia

est décidément un metteur en scène avec lequel il faudra compter désormais. Avec des moyens volontairement réduits, il est en effet parvenu à souligner toute la grandeur tragique de l’œuvre de Britten. Dans un dispositif unique, simple et géométrique, modulé par des éclairages soignés et de rares accessoires, il s’est appuyé pour cela sur une grande intelligence textuelle, un travail de direction d’acteurs très soigné et un sens de l’image remarquable, dans une réalisation qui assume son intemporalité. Nous n’oublierons pas de sitôt la vision finale de Lucrèce crucifiée sur son métier à tisser, et des suivantes en pleurs au pied de cette croix improvisée, au moment même où les deux chœurs méditent sur la passion du Christ.

La distribution vocale est très homogène. Robert Murray est une révélation en chœur masculin, d’une aisance époustouflante et d’une grande intensité dans un rôle pourtant statique. connaît en revanche des moments de tension vocale avant de délivrer une superbe évocation du sommeil de Lucrèce. Les trois clés de fa sont irréprochables, avec mention pour l’impressionnant Junius de Armando Noguera. Le frais soprano de s’harmonise parfaitement avec le mezzo de la tout aussi remarquable Svetlana Lifar. Dans le rôle titre enfin, impose une silhouette haute et svelte, ainsi qu’une délicate musicalité. Si la voix peine parfois à s’imposer dans les forte, l’investissement interprétatif de l’artiste, dans les élans désespérés de son personnage au second acte, emporte une adhésion sans réserve.

Mark Shanahan propose une lecture très précise et intensément dramatique, soulignant le génie du compositeur qui a signé une partition dont la puissance d’expression est inversement proportionnelle au format de l’orchestre. Les treize musiciens de l’ensemble nantais Da Camera apportent leur écot à une production réellement enthousiasmante et chaleureusement accueillie.

Crédit photographique : (Lucretia) © Jef Rabillon pour Angers Nantes Opéra

 

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