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Première mise en scène de Rolando Villazón, mais où est donc… Werther ?

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Lyon. Opéra. 24-I-2011. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en quatre actes sur un livret de Paul Milliet, Edouard Blau et Georges Hartmann. Mise en scène : Rolando Villazón. Décors : François Séguin. Lumières : Wolfgang Gœbbel. Costumes : Thibault. Avec : Arturo Chacón-Cruz, Werther ; Lionel Lhote, Albert ; Karine Deshayes, Charlotte ; Anne-Catherine Gillet, Sophie ; Alain Vernhes, Le bailli ; Jean-Paul Fouchécourt, Schmidt ; Nabil Suliman, Johann ; Grégory Escolin, Brühlmann ; Marie-Laure Cloarec, Kätchen. Orchestre et Maîtrise de l’Opéra de Lyon (chef de chœur : Karine Locatelli), direction : Leopold Hager

Première mise en scène de  ! Depuis son absence forcée (et espérons temporaire) de la scène lyrique, le ténor, interprète de maintes productions triomphales, s’essaye à la mise en scène d’opéra. Largement médiatisée, l’attente était grande en ce soir de première.

Un drapé de toile légère en guise de rideau explose brusquement dès les premiers accords tragiques de l’ouverture découvrant un univers d’une blancheur immaculée. Tout est blanc. La table, les quelques chaises, le piano. Des objets s’insérant devant un fond de scène qui reprend le drapé du rideau initial sur lequel se détachent des balançoires. A jardin, une cage à oiseaux de taille humaine, objet symbolique utilisé à l’envi comme prison des sentiments de Werther ou de Charlotte. Des enfants chahutent en hurlant leur chant de Noël avant que le bailli ramène le calme dans les rangs enfantins. Ce premier tableau superbement dirigé avec une Maîtrise de l’Opéra de Lyon remarquable nous fait rêver à un monde poétique dans lequel Villazón nous entrainerait. Malheureusement, il faut vite déchanter.

Soudain apparaissent Schmidt (), Johann (Nabil Suliman), Brühlmann (Grégory Escolin) et Kätchen (Marie-Laure Cloarec) en clowns outrageusement maquillés. Que vient faire ce monde de cirque, clowns assistant à toutes les scènes, dans le drame de Werther ? Sans qu’ils se manifestent comme des trouble-fête, des parasites, on ne comprend pas cette incursion. Werther n’est pas I Pagliacci ! Rien n’explique la démarche, l’intention, le sens de ces personnages décalés. Au lieu de s’appuyer sur le livret et d’en approfondir les enjeux, brouille le propos avec ces images, certes esthétiques, mais sans relation avec l’action théâtrale. Comme cet enfant, âme de Werther, qui le suit tout au long de l’opéra. Une idée théâtrale déjà vue mais qui ici, n’apporte rien à l’action.

Et quel besoin de souligner une Charlotte vêtue de noir pour illustrer le deuil de son mariage ou de l’habiller d’un manteau rouge pour montrer son amour vibrant pour Werther ? Si le blanc du costume de Sophie souligne sa pureté, est-il bien nécessaire de lui faire porter la veste noire de sa sœur Charlotte quand celle-ci lui demande de s’occuper des enfants ? En peu de mots, le livret se charge de cette situation. On aurait préféré que les scènes entre Werther et Charlotte soient plus fouillées. Au lieu de cela, elles sont esquissées, sans intensité dramatique, laissant le doute sur leur passion amoureuse. Et que dire de cette mort de Werther qui, son pistolet (blanc encore ?) fixé contre la tempe, n’en finit plus de se tuer. Scène dramatiquement ratée avec une Charlotte, se lamentant à cinq mètres de lui, alors que c’est le seul moment où elle dépasse ses interdits pour avouer son amour pour Werther.

Dans le rôle-titre, le ténor (Werther) est un héros peu convaincant. Acteur limité, il joue la convention. Vocalement, malgré des aigus éclatants, il est souvent pris en défaut sur la justesse des notes de passages. Décevant aussi le baryton (Albert) dont la voix terne et la projection vocale engorgée amènent grisaille dans le décor lumineux. A moins que ces «qualités» vocales aient été choisies à dessein pour camper un personnage insignifiant marié à Charlotte à cause de la promesse qu’elle fit à sa mère. Heureux contraire, avec l’excellence d’ (Le Bailli), dont l’impeccable diction et le chant soigné d’une école française du chant dont il est l’un des plus beaux représentants actuels apportent un véritable baume d’art lyrique.

Du côté féminin, la présence vocale de (Charlotte, rôle qu’elle aborde pour la première fois) s’emploie à donner les couleurs de son rôle. On l’aurait toutefois aimée plus convaincante et plus investie. A ses côtés, (Sophie) explose de fraîcheur, de charme et de dynamisme enjoué. Avec une voix d’une clarté cristalline, une diction parfaite, elle maîtrise son rôle avec une beauté de timbre et un engagement théâtral enviables.

Dans la fosse, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon déploie de superbes cordes sous l’impulsion de qui montre ici une parfaite sensibilité à la musique de Massenet. Dommage que sur la scène, Werther et Albert n’ont pas pris la mesure de son lyrisme. L’émotion aurait alors certainement été au rendez-vous.

Le charisme de Rolando Villazón, son habileté à s’entourer d’excellents collaborateurs, aura su gagner son monde. Scellé dans de beaux décors, de magnifiques lumières, de splendides costumes, l’emballage reste attractif, plaisant à la vue, mais le contenu est vide. Un spectacle est agréable à voir, mais, où est donc Werther ?

Crédit photographique : (Charlotte) ; Grégory Escolin (Brühlmann), Marie-Laure Cloarec (Kätchen), Arturo Chacó-Cruz (Werther), (Charlotte), Nabil Suliman (Johann), (Schmidt) © M. Cavalca

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Lyon. Opéra. 24-I-2011. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en quatre actes sur un livret de Paul Milliet, Edouard Blau et Georges Hartmann. Mise en scène : Rolando Villazón. Décors : François Séguin. Lumières : Wolfgang Gœbbel. Costumes : Thibault. Avec : Arturo Chacón-Cruz, Werther ; Lionel Lhote, Albert ; Karine Deshayes, Charlotte ; Anne-Catherine Gillet, Sophie ; Alain Vernhes, Le bailli ; Jean-Paul Fouchécourt, Schmidt ; Nabil Suliman, Johann ; Grégory Escolin, Brühlmann ; Marie-Laure Cloarec, Kätchen. Orchestre et Maîtrise de l’Opéra de Lyon (chef de chœur : Karine Locatelli), direction : Leopold Hager

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