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Anne Schwanewilms, la leçon de chant

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Genève. Grand Théâtre. 12-II-2011. Claude Debussy (1862-1918) : Proses lyriques. Hugo Wolf (1860-1903) : Mörike-Lieder ; Im Frühling ; Gesang Weylas ; Auf einer Wanderlung ; Verborgenheit ; Das verlassen Mäglein ; Wo find’ich Trost ? ; Der Genesene an die Hoffnung ; Elfenlied ; Selbstgeständnis ; Storchenbotschaft. Richard Strauss (1864-1949) : In glodener Fülle op. 49 n°2 ; Wer lieben will, muss leiden op. 49 n°7 ; Ach, was Kummer, Qual und Schmerzen op49 n°8 ; Blauer Sommer op. 31 n°1 ; Weisser Jasmin op. 31 n°1 ; Das Rosenband op. 36 n°1. Anne Schwanewilms, soprano. Manuel Lange, piano

Pour un critique, il y a parfois des instants où le rendre compte d’un spectacle lui impose de ne pas manquer le rendez-vous qu’il prend avec son lecteur. Non pas qu’il fasse son métier avec plus ou moins d’authenticité, mais certains spectacles sortent tant de l’ordinaire, sont si près d’un art parfait qu’il s’en voudrait de ne pas en parler avec les mots les plus justes, les plus vrais.

Et c’est le cas du récital que la soprano donnait sur la scène du Grand Théâtre de Genève. Difficile de ne pas décerner les superlatifs les plus élogieux à l’endroit de la qualité de ce récital. Mais, avant même de s’attarder sur le récital de la soprano allemande, il faut relever un point que seules les prestations d’exception sont à même de générer : la qualité de silence du public. Un silence respectueux que la soprano impose à son auditoire parce qu’il n’est de plus pur bonheur que de percevoir sa voix d’un bout à l’autre de ses chants. Jusqu’au silence qui les achève.

A travers ce récital, c’est à une véritable leçon de chant que le public est convié. Avec une voix d’une infinie pureté, la soprano tisse un récital d’une intimité émouvante. Que ce soit avec ses superbes pianissimi comme à travers l’enflement de sa voix qui semble sans limites, elle pénètre dans l’intime de l’audience, offrant un discours personnel, une adresse empreinte d’intériorité, jaillissant d’une démarche profonde qu’on perçoit au-delà même de l’expression de la seule musique ou des poèmes. Habitée par son chant, par son message, suscite une chaleur humaine.

Chez Anne Schwanewilms, pas d’esbroufe, rien de spectaculaire, pas d’effets inutiles, juste le chant. Avec un florilège d’inflexions naturelles passant d’une couleur à l’autre à l’intérieur même d’un mot pour en souligner la valeur. Tout le sens de la phrase aussi absconse soit-elle devient limpide, évident. Le soin avec lequel la soprano sculpte ses mots est tout simplement exceptionnel. Loin de la sophistication d’une Elisabeth Schwarzkopf, dont on dit qu’elle est une nouvelle descendante, Anne Schwanewilms se cantonne dans la plus grande simplicité de l’expression vocale. A l’image des plus grandes récitalistes. Un culte de la simplicité vocale qu’elle partagerait plutôt avec une Elly Ameling si son chant n’était encore plus évident que celui de la soprano hollandaise.

Outre l’évidence de sa voix, Anne Schwanewilms s’affirme en actrice magnifique. Cultivant une admirable avarice du geste, seul son visage exprime les sentiments que les mots veulent dire. Comme si le chant n’était qu’une aussi simple manière de s’exprimer, l’émission des sons de sa voix chantée, aussi élevées que soient les notes, ne bouleversent en rien l’attitude qu’elle veut donner à son visage pour dire la prosodie.

Si son interprétation des mélodies de Strauss est superbe avec, en particulier l’humour subtil caché dans ce Ach, was Kummer, Qual und Schmerzen des plus savoureux, celle des Proses lyriques de Debussy a souffert d’une prononciation de la langue française manquant de maîtrise. Mais ce sont ses quelques Mörike-Lieder d’ qui font l’unanimité. Quelle nostalgie dans les Gesang Weylas, Verborgenheit, Das verlassene Mägdlein ou Wo find’ich Trost ? Quelle admirable manière de raconter l’histoire de Elfenlied et quel humour encore dans Selbstgeständnis. Artisan à la présence discrète mais d’une rare efficacité, le pianiste Manuel Lange offre un accompagnement complice et symbiotique de la meilleure veine. Attentif au moindre souffle de la soliste, sensible et conscient de la joaillerie musicale qu’ils construisent autour des mélodies, on le surprend dans l’attente de poser une harmonie, un accord, pour assurer au discours toute son importance.

Un récital dense, parfait, qui a conquis le public. Non pas avec une «standing ovation» comme on en voit trop souvent, mais avec des applaudissements respectueux, émus et profondément sincères. Quand on touche à la qualité d’une prestation comme celle à laquelle Anne Schwanewilms nous convie, c’est comme un repas d’un grand cuisinier : on reste sans voix. Juste admiratif.

Crédit photographique : Anne Schwanewilms © Johanna Peine

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Genève. Grand Théâtre. 12-II-2011. Claude Debussy (1862-1918) : Proses lyriques. Hugo Wolf (1860-1903) : Mörike-Lieder ; Im Frühling ; Gesang Weylas ; Auf einer Wanderlung ; Verborgenheit ; Das verlassen Mäglein ; Wo find’ich Trost ? ; Der Genesene an die Hoffnung ; Elfenlied ; Selbstgeständnis ; Storchenbotschaft. Richard Strauss (1864-1949) : In glodener Fülle op. 49 n°2 ; Wer lieben will, muss leiden op. 49 n°7 ; Ach, was Kummer, Qual und Schmerzen op49 n°8 ; Blauer Sommer op. 31 n°1 ; Weisser Jasmin op. 31 n°1 ; Das Rosenband op. 36 n°1. Anne Schwanewilms, soprano. Manuel Lange, piano

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