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Tosca de Luc Bondy à la Scala, le sacre des émotions

La Scène, Opéra, Opéras

Milan. Teatro alla Scala. 20-II-2011. Giacomo Puccini (1858-1924 ) : Tosca, opéra en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Luc Bondy. Décors : Richard Peduzzi. Costumes : Milena Canonero. Lumières : Michael Bauer. Avec : Oksana Dyka, Tosca ; Jonas Kaufmann, Cavaradossi ; Zeljko Lucic, Scarpia ; Dejan Vatchkov, Angelotti ; Renato Girolami, le sacristain ; Luca Casalini, Spoletta ; Alessandro Calamai, Sciarrone ; Ernesto Panariello, le gêolier ; Elena Caccamo, un prêtre. Chœur (chef de chœur : Bruno Casoni) et Orchestre du Théâtre de la Scala, direction : Omer Meir Wellber.

Après New York et Munich, la Tosca de s’essaye à la plus exigeante des scènes européennes : La Scala. Cette production très justement critiquée a été sauvée à Milan par une distribution exceptionnelle et un chef d’à peine trente ans.

Il n’y a rien de tel que la Scala pour faire oublier les lacunes d’une production. Bien qu’elle soit réputée pour les humeurs du public, elles n’y sont pas si spécifiques – Bastille ou Garnier rivalisent volontiers dans ce registre. Il s’agirait plutôt d’un ingrédient quasi miraculeux : le pathos. Un lien viscéral au drame et à la musique qui en décuple les effets.

Ainsi, malgré la superficialité de la mise en scène, la Tosca de ce soir est bouleversante. Parce que est revenu (il ne chantera finalement que deux soirs) parce que l’orchestre est transporté, la direction audacieuse et les voix exceptionnelles. Le décor spartiate, imposant, fait de voûtes en briques sombres qui rappelle la forteresse voisine des Sforza alimente la crainte d’une tragédie prochaine. Bondy a voulu un Mario Cavaradossi cérébral, révolutionnaire, qui s’intéresse moins à l’amour qu’à la politique mais, cette idée, la musique la contredit à chaque instant. Au risque de paraître fébrile, comble intuitivement les lacunes d’une direction d’acteur absente pour étoffer le personnage. Avec un timbre de velours qui joue sur le modelé, une articulation qui soudain se fait mordante, il donne au rôle ce qu’il faut de spontanéité et de complexité émotionnelle pour qu’il s’impose face à une Tosca puérile et narcissique qui ne mérite ni son amour ni le désir de Scarpia. Heureusement la voix spectaculaire de l’ukrainienne , suave et déliée, rachète ici aussi le personnage.

Scarpia semble être le centre d’intérêt principal de . Ce dernier l’entoure de trois grâces en son Palazzo Farnese et en fait un libertin mégalomane. De ses aigus impérieux, le baryton serbe Zeljko Lucic donne au rôle une écrasante autorité. Il en exploite toutes les facettes et traque l’humain même dans le Machiavel, ce qui nous le rend curieusement sympathique. Un caractère secondaire semble lui aussi bien dessiné, bien mieux que le couple vedette : le sacristain. C’est lui qui vend la mèche et Renato Girolami joue aussi bien la mesquinerie qu’il sait jouer la farce (très réussi Dr Dulcamara dans Elisir d’Amore à l’opéra de Lille).

Malgré une mise en scène pauvre et bâclée, on se laisse emporter par cette version. Les imperfections ne coupent pas l’élan de la musique, chargée ici d’un pouvoir émotionnel dévastateur. L’acoustique contribue elle aussi à nous projeter dans le sublime et à faire de la Scala, le temple des passions.

Crédits photographiques : Mario () et Tosca () © Amisano and Brescia, Teatro alla Scala Zeljko Lucic (Scarpia) © Amisano and Brescia, Teatro alla Scala

 

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