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Orlando à Edimbourg, une folie finement transposée

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Edimbourg. Festival Theatre. 05-III-2011. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Orlando, opéra en trois actes sur une adaptation anonyme de Carlo Sigismondo Capece. Mise en scène : Harry Fehr ; costumes : Yannis Thavoris ; lumières : Anna Watson. Avec : Tim Mead, Orlando ; Claire Booth, Dorinda ; Sally Silver, Angelica ; Andrew Radley, Medoro ; Andreas Wolf, Zoroastro. Scottish Opera Orchestra, direction : Paul Goodwin

Certes, Orlando fait partie des grandes œuvres de Haendel, mais elle est particulièrement difficile à mettre en scène par son livret alambiqué voire inintéressant pour un public contemporain beaucoup moins au fait de la littérature de l’Arioste qu’à l’époque du compositeur. En effet comment rendre crédible et passionnant le dilemme du personnage principal, déchiré entre le devoir martial et la passion amoureuse. C’est tout le défi qu’a souhaité relever la compagnie Scottish Opera. Alors pour palier en partie à ces difficultés, l’œuvre italienne est donnée en langue anglaise. Quant au sujet, on passe du chevalier combattant démons et furies à un Orlando à la fois héros traumatisé par la guerre en 1940 à la veille du Blitz londonien et amoureux transi bafoué, ce qui le conduit doublement à la folie. La transposition est inattendue mais finalement ingénieuse et a été défendue avec brio par l’assistante du metteur en scène : Rebecca Atkinson-Lord, lors de la conférence précédent la représentation. Cette recherche d’une fidélité au livret couplée à une authenticité de faits parlants à un public anglo-saxon est louable mais déplace quelque peu l’esprit initial de l’œuvre. Ici Orlando est un aviateur de la Royal Air Force, Dorinda une infirmière, Zoroastro un médecin, Medoro un patient auquel la belle Angelica rend visite. Même si le discours n’a pas totalement tenu ses promesses sur scène (le contexte historique est finalement à peine suggéré, et l’acte II manque d’inspiration), on doit avouer que cette transposition fonctionne assez bien comme pour l’endormissement d’Orlando à l’acte III… Il faut ajouter que les différentes pièces de l’hôpital changent avec une facilité déconcertante grâce à un habile système de rotation et des objets aimantés pour faciliter leurs déplacements, mais il finit par être répétitif.

La distribution est dans l’ensemble d’un bon niveau. Et comme dans la récente production de McVicar, le personnage le plus intéressant n’est pas celui auquel on s’attend : ce n’est pas Orlando mais Dorinda, magnifiée par l’incandescente à la voix pétillante et au caractère bien trempé. Espiègle et délicieuse face à ses premiers émois amoureux «Ho un certo rossore» ; elle est bouleversante lorsqu’elle se résigne au départ de Medoro «Se mi rivolgo al prato». Alors, avec tant de qualités, on a du mal à accepter que l’un de ses plus beaux airs ait été coupé»Amor e qual vento». D’ailleurs on se demande aussi comment Dorinda peut se passionner pour Medoro, personnage ennuyeux qui fait aussi tourner la tête d’Angelica. Il est vrai qu’Haendel ne lui a pas réservé sa plus belle plume ; et même si fait de son mieux avec un travail vocal intéressant, le personnage ne décolle pas. Sa compagne, Angelica est incarnée par la soprano , qui possède les qualités requises pour le rôle : voix corsée et lumineuse tout à la fois, elle s’acquitte avec aisance des difficultés de la partition. Habituée des rôles du XIXe siècle (elle avait été admirable dans Les Huguenots à Metz) elle fait une remarquable première incursion dans le répertoire baroque, et ce même si l’interprète a tendance à vouloir trop en faire tant scéniquement que vocalement, ne parvenant pas à complètement s’abandonner à cette musique.

Initialement magicien, Zoroastro est une sorte de médecin fou, aux méthodes novatrices et expérimentales pour les années 40, il s’évertue à projeter des images violentes, à infliger des décharges électriques à son patient, allant jusqu’à lui faire croire qu’il a tué Angelica et Medoro, et ainsi tente de provoquer un choc salutaire. s’acquitte aisément du rôle.

Car la folie traverse de bout en bout le rôle d’Orlando, ainsi même les airs héroïques prennent une toute autre tonalité, celle d’une souffrance psychologique aiguë, ce qui convient parfaitement au contre-ténor , qui à défaut de véritable brillance vocale et virtuose, campe un personnage tourmenté qui nous touche par sa fragilité.

Ainsi, à partir d’une distribution homogène et finement choisie, d’une transposition audacieusement pensée à l’intention d’un public directement concerné, d’un constant souci de clarté du texte, d’un chef spécialiste du répertoire baroque, en l’occurrence , qui sait tirer partie de l’orchestre du Scottish Opera en lui insufflant vitalité et rythme, le public assiste à un drame cohérent et dans l’ensemble réussi, le tout au sein d’une charmante salle de théâtre, dans laquelle les spectateurs peuvent venir leur verre de vin ou leur glace à la main !

Crédit photographique : (Angelica) & (Medoro) ; (Orlando) & (Dorinda) © Richard Campbell


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Edimbourg. Festival Theatre. 05-III-2011. Georg Friedrich Haendel (1685-1750) : Orlando, opéra en trois actes sur une adaptation anonyme de Carlo Sigismondo Capece. Mise en scène : Harry Fehr ; costumes : Yannis Thavoris ; lumières : Anna Watson. Avec : Tim Mead, Orlando ; Claire Booth, Dorinda ; Sally Silver, Angelica ; Andrew Radley, Medoro ; Andreas Wolf, Zoroastro. Scottish Opera Orchestra, direction : Paul Goodwin

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