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Un programme très « classique » pour Emanuel Ax et Christoph Eschenbach

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 23-III-2011. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 « classique », op. 25 ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Capriccio pour piano et orchestre ; Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour piano en ré majeur HXVIII, 11 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°5 en ré mineur, op. 47. Emanuel Ax, piano. Orchestre de Paris, direction : Christoph Eschenbach

entamait hier soir une série de deux concerts plutôt particuliers, puisque seule la pièce concertante changeait dans le programme, encadrée de deux symphonies. À regarder la composition d’un tel programme, il semble évident que l’objet pédagogique de ce concert entendait montrer un éventail de styles russes du XXe siècle, cependant que la pièce de Haydn faisait office d’élément de comparaison stylistique avec la symphonie de Prokofiev, un pastiche assumé de l’esthétique classique.

Les deux symphonies de Prokofiev et de Chostakovitch sont situées aux antipodes l’une de l’autre. D’un côté la fraîcheur d’un talent juvénile, impétueux, concis, pas encore tout à fait libéré de l’état d’esprit scolaire ; de l’autre la pesanteur d’un artiste installé, sûr de son style mais qui compose un pistolet braqué braqué sur la tempe. La prestation de l’orchestre accentuait encore ce décalage : virevoltant à la limite du décalage dans la première, il nous offrait une prestation plus qu’inspirée dans la seconde, certes aidé par le savoir-faire de l’auteur : quels tutti frénétiques, et prenants !

Du côté des concertos, et avant Lang Lang, qui a donné un récital en début de semaine dans la même salle, c’est à qu’il revenait de nous faire montre de ses talents. Le Capriccio de Stravinsky est une pièce curieuse, qui, bien que non dépourvue de moments enthousiasmants, se prête trop souvent au clin d’œil canaille de rengaines savamment juxtaposées. Le soliste est solide, mais la cohésion avec l’orchestre se révèle assez aléatoire, et l’on se prend à se demander quand tout cela va sombrer. Point d’iceberg en vue néanmoins, et tout ce petit monde arrive à bon port, non sans quelques frayeurs. Le Haydn qui suivait n’était pas non plus du meilleur de son auteur, dont on pouvait discerner tout de même la finesse d’écriture dans les subtiles variations thématiques, qu’ savoure littéralement en faisant montre de son toucher perlé. C’est que cette œuvre exploite très peu l’opposition entre le soliste et l’ensemble, et le discours enchaîne les réparties, certes très galantes mais guère prenantes. Le final remet un peu de couleur à tout cela avec une touche un peu plus populaire, sans plus.

Abondamment applaudi, Emanuel Ax gratifiait le public de l’Impromptu en la bémol majeur de Schubert, dans un tempo assez rapide, mais assumé.

Credit photographique : Emanuel Ax © Loyola University

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