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Le duo Dessay-Naouri à l’Arsenal

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Metz. Arsenal. 29-III-2011. Hector Berlioz (1803-1869) : Carnaval romain, ouverture ; Ambroise Thomas (1811-1896) : Hamlet, prélude, duo n°2, chanson bachique, monologue « Être ou ne pas être », scène et air d’Ophélie ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, ouverture ; La Traviata, prélude, scène et duo Violetta-Germont. Avec Natalie Dessay, soprano ; Laurent Naouri, baryton. Orchestre national de Lorraine, direction : Jacques Mercier

Les occasions d’entendre ensemble le couple Dessay-Naouri ne sont pas aussi nombreuses que cela, et en France il faut sans doute remonter à l’Alcina du Palais-Garnier et à l’Orphée aux enfers de Lyon, tous deux montés en 1997, pour se remémorer les apparitions des deux époux sur scène. À l’étranger, on a pu voir ensemble les deux artistes, notamment dans le Pelléas et Mélisande monté à Vienne ainsi que, plus récemment, dans les Traviata de Santa Fe. Mais en France, c’est surtout en concert que Dessay et Naouri ont l’occasion de se rencontrer musicalement, et on pourra d’emblée regretter l’absence de la scène – surtout dans un programme essentiellement consacré à l’opéra du dix-neuvième siècle… – pour deux artistes dont la carrière s’est très largement construite sur leurs considérables talents d’acteur. On sait notamment à quel point Dessay, et a fortiori dans son état vocal actuel, a besoin d’exprimer par son jeu et sa gestuelle les émotions des personnages qu’elle incarne.

On pourra ainsi déplorer la relative inadéquation du programme retenu au lieu choisi pour sa restitution, d’autant plus que la chanson bachique d’Hamlet, privée de son chœur, peut difficilement faire grande impression musicalement. a néanmoins montré, par sa diction claire et châtiée, qu’il pouvait camper un Hamlet convaincant, surtout au cours du fameux monologue où le personnage donne libre cours à ses doutes et ses interrogations. Si Dessay parvient toujours à phraser très joliment le superbe duo «Doute de la lumière», ainsi que la redoutable scène de folie d’Ophélie, elle peine désormais à cacher l’usure de son instrument. Le suraigu n’est pas dénué de stridences, et si le bas médium est certes un peu plus étoffé qu’autrefois, il est également beaucoup plus instable que de par le passé, et le timbre n’a gagné ni en chair ni en sensualité.

La deuxième partie du programme, avec en pièce de résistance la grande scène entre Violetta et Germont, confirme les défauts et les qualités des deux interprètes. Si tous les deux font preuve d’une exquise musicalité, qui leur permet d’offrir d’assez jolis moments dans les parties les plus lyriques, ni l’un ni l’autre ne possède la grande vocalité verdienne requise pour des personnages marqués par les plus grands chanteurs du passé. Même si la voix de Naouri a manifestement gagné en puissance, en souplesse et en aigus, il est loin d’être le baryton verdi qu’on est en droit d’espérer pour Germont. Quant à Dessay, dont le timbre reste essentiellement celui d’un lyrique-léger naturellement pauvre en harmoniques, il est douteux qu’elle puisse un jour, même avec l’avantage de la scène, rendre pleinement justice au personnage mythique de Violetta Valéry. C’est finalement dans le premier bis, l’inénarrable duo de la mouche extrait d’Orphée aux enfers, que les deux artistes ont donné le meilleur d’eux-mêmes, chacun ayant finalement retrouvé un rôle convenant véritablement à sa vocalité.

À la tête de l’, , qui connaît son Berlioz et son comme personne, a été tout à fait à la hauteur de la situation, même si le public, de toute évidence, s’était surtout déplacé pour accueillir les deux stars du chant français. Dans un autre contexte, et peut-être dans un autre programme, les deux artistes auraient sans doute mieux répondu aux diverses attentes.

Crédit photographique : © Daniel Barsotti

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