Banniere-ClefsResmu-ok

Pelléas de concert dirigé par Louis Langrée

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 17-IV-2011. Claude Debussy (1862-1918) : Pelléas et Mélisande, drame lyrique, sur un livret de Maurice Maeterlinck. Version de concert. Avec : Natalie Dessay, Mélisande ; Simon Keenlyside, Pelléas ; Marie-Nicole Lemieux, Geneviève ; Laurent Naouri, Golaud ; Alain Vernhes, Arkel ; Khatouna Gadelia, Yniold, Nahuel di Pierro, Le médecin. Chœur de l’Orchestre de Paris (chef de chœur : Edward Caswell). Orchestre de Paris, direction : Louis Langrée


Le théâtre des Champs-Elysées présentait une version de concert du seul opéra de , Pelléas et Mélisande. Souvent fustigé comme n’étant pas assez mélodique, ne mettant pas assez les chanteurs en valeur par rapport à l’orchestre, Pelléas et Mélisande est un opéra plus difficile d’accès qu’il n’y paraît. Le côté onirique, atemporel et parfois obscur du livret de Maeterlinck affirme d’ailleurs son côté non-classique.

En particulier, Mélisande est très loin de l’héroïne tragique typique des opéras dramatiques. Comme le dit Arkel, elle est seulement un «pauvre petit être, mystérieux, comme tout le monde». On ne sait pas d’où elle vient ni qui elle est, elle semble souvent dépassée par des évènements qu’elle ne saisit pas entièrement, et quand Golaud, son mari, tue Pelléas, l’homme qu’elle aime, elle s’enfuit, elle «n’a pas de courage». C’est peut-être cet aspect de la personnalité de Mélisande qui a fait défaut dans l’interprétation de , qui la rend par moments trop présente, trop tangible, et trop tragique. Après une entrée en matière un peu brouillonne, la prestation de est globalement bonne, mais inégale, les moments de tension étant moins réussis (en particulier à cause d’un vibrato parfois trop prononcé dans les forte) alors que certains passages, comme la scène finale, sont proches de la perfection. Comédienne accomplie, sa prestation sur scène (et sur DVD) est certainement plus convaincante qu’en version de concert.

, quant à lui, chante un Pelléas entièrement tragique, instable, se laissant porter par des sentiments très intenses, ce qui correspond assez bien au personnage de Maeterlinck. Sa voix est parfois un peu forcée dans certains forte, comme s’il se laissait submerger par son amour pour Mélisande, par exemple quand «son cœur bat comme un fou, jusqu’au fond de [sa] gorge». Néanmoins, il dialogue très bien avec l’orchestre, ce dernier étant bien présent, et ce sans masquer les parties de voix. La direction de est discrète, le tout manque parfois de précision, mais l’esprit y est réellement, et l’intensité de l’opéra est palpable, pour le plus grand plaisir de l’auditeur. L’orchestre et les chanteurs forment un tout qui va probablement tout à fait dans le sens de ce que Debussy voulait obtenir. A cela s’ajoute une très belle distribution, avec en particulier un magnifique en Golaud, un rôle sanguin et ironique qui lui va à merveille. Son interprétation du personnage restera certainement comme une des plus belles qui soient. Les autres chanteurs n’étaient pas en reste, nous proposant tous des prestations d’un très haut niveau. Et le manque de surtitres ne s’est pas fait sentir, tant leur diction était précise.

Crédit photographique : Simon Keelyside © Lukas Beck

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.