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Der Freischütz en VOST à Saint-Etienne

La Scène, Opéra, Opéras

Saint-Étienne. Opéra-Théâtre. 17-IV-2011. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Der Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un livret de Johann-Friedrich Kind. Mise en scène : Jean-Louis Benoît. Décors : Laurent Peduzzi. Costumes : Marie Sartoux. Lumières : Joël Hourbeight. Avec : Barbara Ducret, Agathe ; Gilles Ragon, Max ; Mélanie Boisvert, Ännchen ; Roman Ialcic, Kaspar ; Nika Guliashvili, Kuno ; Vincent Deliau, Kilian ; Bartolomiej Misiuda, Ottokar ; Scott Wilde, L’ermite ; Jean-Michel Fournereau, Samiel ; Claire Babel, Yu-Ling Huang, Ghezlane Hanzazi, Geneviève Kostaqi, Les demoiselles d’honneur. Chœur lyrique de l’Opéra de Saint-Étienne (chef de chœur : Laurent Touche), Orchestre symphonique de Saint-Étienne, direction : Laurent Campellone

Alors que l’Opéra-Comique (re)découvrait Le Freischütz traduit et en partie écrit par Berlioz, en province était programmée la version originale. Présentée pour la première fois à l’Opéra de Toulon en janvier dernier, cette production, reprise ici, à l’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne, a été notablement modifiée : Laurence Équilbey cède la place à , directeur musical in loco. Et deux des quatre rôles principaux sont nouveaux : respectivement en Agathe et en Max, et Jürgen Müller sont remplacés par et .

Cette production frappe par son permanent implicite et, derrière cette façade un peu indolente, elle se dévoile progressivement : refusant de montrer et de trop mâcher le travail du spectateur, elle choisit de présenter, simplement, sans les vouloir forcer, les textes dramatique et musical. Et, au fur et à mesure de la représentation, affleure et devient «naturel» tout un environnement culturel et sensible dans lequel baigne Der Freischütz : les premiers Lieder schubertiens (Gretchen am Spinnrade et Erlkönig mais aussi ses premières ballades), les ballades de Lœwe, les dramaturges Lenz et Büchner (dans les deux premiers actes), le néo-classicisme de Gœthe à la fin de sa vie (dans l’acte III) et la relation à la Natur qui innerve tout l’art pictural de Caspar-David Friedrich. Sans être déclamé ni forcé, le livret de Johann-Friedrich Kind révèle une pertinence trop souvent négligée (le premier acte fait songer au Précepteur de Lenz). En un tempo dramaturgique modéré mais bien tracé, la direction d’acteurs invite, victorieusement, les différents chanteurs à se découvrir un territoire commun ; in fine, elle est indiscutablement cohérente. Quant au décor, il est simple et élégant : à l’acte I, la clairière originelle se mue en un espace extérieur que quelques pièces (tables et bancs) meublent ; à l’acte II, la chambre d’Agathe donne accès, par une fenêtre tournée vers le fond de la scène, à un extérieur, avant que la Gorge-aux-loups ne nous apparaisse comme la gigantesque cave d’un établissement industriel ; à l’acte III, le dernier tableau ne requiert que quelques gradins. L’absence de la Nature romantique ne gêne pas, tant sa présence hors-champ est évidente.

Ainsi modifiée depuis sa première version toulonnaise, la distribution vocale stéphanoise a été de belle tenue. Dans le rôle-titre du Franc-Tireur, , dont les prises de rôles sont nombreuses, a été convaincant : désormais doté d’une bas médium bien assis (ce rôle se tient entre le ténor mozartien et les premiers Heldentenor wagnériens), cet intéressant musicien a maîtrisé les différentes facettes vocales de Max ; en outre, il y a mêlé son expérience scénique à ses intelligentes fréquentations du Lied romantique. Par sa nature vocale et son allure physique, a tous motifs de camper Agathe : hélas, des maniérismes (sons jetés mais pas toujours soutenus jusqu’à leur terme ou détimbrés dans l’aigu) et une intonation ça-et-là perfectible semblent relever d’une inconstante ligne de chant et d’une certaine passivité scénique. Mélanie Boivert fut une Ännchen pleine de vie scénique et accomplie vocalement, tant elle sort son rôle d’un univoque état ancillaire et en fait la rectrice des pensées et des actes de sa «patronne» ; bref, le duo féminin est rééquilibré en sa faveur. Tant vocalement que scéniquement, Roman Ialcic n’est pas un Kaspar suffisamment volontaire : il semble subir cette scène de la Gorge-aux-loups qu’il devrait conduire avec maestria. Le reste de la distribution masculine est solide ; on y distinguera toutefois Bartolomiej Misiuda (Ottokar) et (L’ermite).

Les forces vives de l’Opéra-Théâtre de Saint-Étienne (chœur et orchestre) ont montré un notable engagement énergétique. Toutefois, les cordes n’ont pas toujours la palette technique (les attaques au talon sont peu tranchantes et l’archet est trop uniment appuyé, tandis que l’alto soliste n’est pas à la hauteur de sa tâche) suffisante pour que la partition devienne elle-même du puissant théâtre romantique. a rappelé que la fosse d’orchestre est son domaine (le pouls de la représentation est le sien et il le tient vigoureusement), même si la poétique de Der Freischütz n’est manifestement pas sa langue naturelle (l’opéra italien lui sied mieux).

Crédit photographique : © Cyrille Cauvet

 

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