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Ali Baba ou les quarante voleurs par l’Opéra Studio

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre de l’Athénée. 30-IV-2011. Luigi Cherubini (1760-1842) : Ali Baba ou les quarante voleurs, opéra en quatre actes sur un livret d’Eugène Scribe et Anne Honoré Joseph Duveyrier (Mélesville). Arrangements et orchestration : Pierre Thilloy. Mise en scène : Markus Bothe. Décors : Alexandre Corazzola. Costumes : Sabine Blickenstorfer. Avec : Yuriy Tsiple, Ali Baba ; Hanne Roos, Délia ; Eve-Maud Hubeaux, Morgiane ; Mark Van Arsdale, Nadir ; Dimitri Pkhaladze, Aboul-Hassan ; Jean-Gabriel Saint-Martin, Ours-Khan ; Mickaël Guedj, Thamar. Petits Chanteurs de la Maîtrise de l’Opéra national du Rhin. Ensemble orchestral du Conservatoire de Strasbourg, direction : Vincent Monteil

Quelques mois après la redécouverte de Lodoiska au Théâtre des Champs-Elysées, Cherubini est à nouveau mis à l’honneur avec une rareté Ali Baba ou les quarante voleurs, dans une version adaptée pour les enfants, et interprétée par de jeunes talents qui font partie de , cellule de formation lyrique de l’Opéra national du Rhin.

Raccourci de moitié pour ne plus durer qu’1 heure 20, allégé par le compositeur à une orchestration de chambre qui sait utilement se distinguer de l’original (avec l’introduction poétique et habilement exotique du xylophone en bois), rehaussé de clins d’œil contemporains que ce soit par les accessoires ou la gestuelle des chanteurs, l’objectif est d’éviter le pensum et de mêler joyeusement les époques, sans renier le caractère intemporel du conte ni l’enracinement de cette musique dans la fin du XVIIIème siècle. Composé en 1833 à 73 ans après un long silence de 20 années en matière d’opéra, dernière tentative du musicien dans ce domaine, Ali Baba n’est en effet pas une musique de son temps, et fit un four à sa création.

Dans le cadre délicieusement néo-rococo du Théâtre de l’Athénée, la mise en scène se veut, comme la salle, réjouissante. Il y a du mystère, comme lorsque le chef des brigands Ours-Khan prononce le fameux sésame et que la caverne s’entrouvrant, on distingue des formes allongées et couchées visage contre terre. Des terroristes cachés dans les montagnes d’Afghanistan ? Non, les quarante voleurs. Il y a de l’humour, quand le vénal Ali Baba négocie sa fille contre l’or apporté par le jeune Nadir, que celui-ci a trouvé dans la grotte d’Ours-Khan. En fait d’or, Ali Baba sort des symboles de notre monde bling bling, la coupe de monde de football, un fer à repasser, un aspirateur, tous dorés à paillettes. Il y a de la belle musique enfin, bien troussée et menée, qui s’écoute avec plaisir tout au long de la représentation.

De la pépinière de talents en développement à , on distinguera en premier , Ours-Khan mi-gourou protecteur de ses jeunes voleurs, mi-psychopathe endurci. Et que l’on ne dise pas qu’il doit sa présence scénique et sa projection vocale assurée à son rôle flatteur de chef des méchants : en 2008 déjà il était tout aussi convaincant dans le rôle absolument romantique d’Orphée. Il y semblait alors un croisement de Chopin et du Petit Prince ! Dans le rôle titre, sauve habilement son personnage de négociant et de trafiquant sans principes, par un jeu d’acteur qui assume sa vulgarité fondamentale et la joie enfantine que lui procure la vision de l’or. Côté féminin, la mezzo Eve-Maud Hubeaux en Morgiane n’avait pas le rôle le plus exposé mais parut la plus prometteuse. Une certaine inexpérience liée à son jeune âge (22 ans) n’empêchait pas de laisser passer un rayonnement particulier dont on pressent qu’il s’intensifiera rapidement.

Il ne faudrait pas que cette adaptation d’Ali Baba tombe dans le même oubli que l’œuvre originale, car elle est réellement plaisante pour tous les publics à partir de 8-10 ans.

Crédit photographique : photo horizontale, à partir de la gauche : , , , Hanne Roos, Mickaël Guedj, Eve-Maud Hubeaux. © Alain Kaiser – Orchestre National du Rhin

 

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