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Excellente prise de rôle d’Otello de Fabio Armiliato !

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Charleroi, Palais des Beaux Arts, 11-V-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, opéra en quatre actes sur un livret de Arrigo Boito d’après Othello ou le Maure de Venise de William Shakespeare. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera. Décors : Carlo Sala. Costumes : Fernand Ruiz. Lumières : Franco Marri. Avec Fabio Armiliato, Otello ; Daniela Dessi, Desdemna ; Giovanni Meoni, Iago ; Cristiano Cremonini, Cassio ; Luciano Montanaro, Lodovico ; James Edwards, Roderigo ; Sophie Fournier, Emilia ; Roger Joachim, Montano ; Marc Tissons, Un Hérault. Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l’Opera Royal de Wallonie, direction : Paolo Arrivabeni. Maître de chœur : Marcel Seminara. Directeur de la Maîtrise : Jean-Claude Van Rode

La nouvelle production d’Otello, chef d’œuvre de Verdi dont la dernière représentation à l’Opéra Royal de Wallonie remontait à 1996 a su attirer plus d’un regard sur elle. Parce qu’elle marque les débuts à Liège du ténor italien mais lui offre en outre « la » prise de rôle redoutée par tout ténor, celle du Maure de Venise. Pour encore pimenter l’affiche du spectacle, le rôle de l’épouse d’Otello était confié à Daniela Dessi. Sur scène évoluait donc un couple également formé à la ville. Il ne sagissait pas d’une première pour les deux chanteurs qui emportent régulièrement de très beaux succès dans Tosca, Aïda ou encore Traviata. Retenons surtout que si Armiliato incarnait pour la première fois Otello, son épouse maîtrise quant à elle toutes les facettes du personnage de Desdemona, rôle qu’elle chante depuis près de vingt-cinq ans.

Aux commandes de cette production, , directeur de l’Opéra royal de Wallonie qui a visiblement pris gout au travail de metteur en scène. Après Il Barbiere di Siviglia et L’Inimico delle Donne (de Baldassare Galuppi), c’est déjà la troisième production que Di Pralafera prend en charge personnellement cette saison. Le fruit de ce travail est une production à l’esthétique très traditionnelle encore appuyée par les costumes d’époque réalisés par Fernand Ruiz. Sur scène, les différents protagonistes évoluent autour d’une colonnade dans laquelle Iago structure à sa guise des sous-espaces en faisant s’abaisser de larges voiles. Le triste sire prend clairement en main les commandes de l’intrigue et le metteur en scène ne se prive pas de le souligner de façon parfois caricaturale. Une illustration récurrente de cet esprit manipulateur est induite par le déplacement des victimes de Iago sur des petites plates-formes montées sur roulettes. Les pantins de Iago prennent ainsi des allures amenant chez le spectateur plus facilement un sourire qu’une émotion. Un travail conséquent a été réalisé avec chacun des choristes donnant aux tableaux d’ensemble une belle vitalité. Malgré ces efforts, on perçoit les solistes souvent livrés à eux mêmes à l’avant du plateau. Enfin, les décors et costumes auraient été certainement appréciés à plus juste valeur s’ils n’avaient été gâchés par des lumières d’un goût douteux.

Musicalement, la soirée fut plus intéressante. Armiliato emporte un vif succès grâce son tempérament fougueux et une puissance vocale idéalement canalisée par le chanteur sur toute la durée de l’œuvre. Si l’Esultate est plein de maîtrise et de vigueur, le chanteur sait se montrer musical et touchant. Daniella Dessi offre une prestation honorable mais musicalement moins riche que ce qu’elle pouvait laisser présager. L’instrument vocal nous a semblé assez serré ce soir et par instants encombré par un vibrato trop présent. Le couple Armiliato-Dessi réserve tout de même de très beaux instants lors de ses duos, dont le final de l’acte I, pour lequel le Maestro Arrivabeni avait particulièrement soigné l’accompagnement orchestral. Le reste de la distribution est dominé par Giovanni Meoni. Le baryton qui vient de faire ses débuts au Metropolitan de New York dans le rôle d’Ezio ( Attila) campe un idéal Iago caractérisé par une profondeur du chant et une grande finesse dans le jeu d’acteur. Ces qualités lui ont apporté de chaleureux applaudissements au terme du spectacle. Cristiano Cremonini a suscité le même enthousiasme pour son interprétation de Cassio. Nous pouvons difficilement juger de la qualité du travail de à la tête de l’orchestre liégeois. L’orchestre et le plateau étaient en effet amplifiés. Nous n’avons toujours pas trouvé de potentielle justification à un tel choix. Une salle qui jauge mille fauteuils n’exige en effet aucune amplification pour la bonne exécution de spectacles lyriques. Tout au plus, au delà d’effets spectaculaires gratuits lors des tutti orchestraux, le public a-t-il pu savourer à plein volume les tournes de pages des musiciens et a sans nul doute été bien agacé par le chœur Dove guardi splendono transformé par l’ingénieur du son en un absurde concerto pour mandoline.

Crédit photographique : ( Otello), Daniela Dessi ( Desdemona) © DR

 

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Charleroi, Palais des Beaux Arts, 11-V-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, opéra en quatre actes sur un livret de Arrigo Boito d’après Othello ou le Maure de Venise de William Shakespeare. Mise en scène : Stefano Mazzonis di Pralafera. Décors : Carlo Sala. Costumes : Fernand Ruiz. Lumières : Franco Marri. Avec Fabio Armiliato, Otello ; Daniela Dessi, Desdemna ; Giovanni Meoni, Iago ; Cristiano Cremonini, Cassio ; Luciano Montanaro, Lodovico ; James Edwards, Roderigo ; Sophie Fournier, Emilia ; Roger Joachim, Montano ; Marc Tissons, Un Hérault. Orchestre, Chœurs et Maîtrise de l’Opera Royal de Wallonie, direction : Paolo Arrivabeni. Maître de chœur : Marcel Seminara. Directeur de la Maîtrise : Jean-Claude Van Rode

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