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Valery Gergiev monumental !

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Genève. Victoria Hall. 18-V-2011. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Concerto pour orchestre n° 1 « Couplets polissons ». Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa dièse majeur (Adagio). Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°3 en ré majeur » Polonaise » op. 29. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev

Quand est inspiré, rien ne lui résiste. S’il fut un temps où ses concerts passionnaient d’un bout à l’autre de la soirée, son courir la planète pour un concert ici, un opéra là, un enregistrement ailleurs a nécessairement des conséquences sur la qualité de ses performances. Rares sont devenus ses concerts totalement enthousiasmants. C’est pourtant le cadeau magnifique qu’il vient d’offrir dans ce concert genevois.

Bondé jusqu’aux derniers strapontins sans visibilité de la deuxième galerie, la vénérable salle de concerts du Victoria Hall recevait le chef russe avec son . Avec une disposition orchestrale inaccoutumée, les contrebasses postées derrière les premiers violons, les violoncelles au centre, on imagine cette géographie particulière destinée au Concerto pour orchestre de tant cette musique reste singulière. La suite montrera que le positionnement particulier du n’avait autre but que de donner un son à l’orchestre en fonction de l’acoustique de la salle.

Un concert de sans une œuvre de est impensable. Aujourd’hui, c’est le facétieux Concerto pour orchestre n° 1 qu’il affiche au programme. Dès les premiers instants de ces Couplets polissons, les accents syncopés, le tempo soutenu, la précision diabolique imprimée à l’interprétation orchestrale, souligne l’empreinte de la patte magistrale de Valery Gergiev. Imprimant à son orchestre toute l’ironie, l’humour de cette partition virtuose, quelques mesures suffisent pour réaliser combien le chef russe habite cette musique. Pourtant, cette œuvre n’est pas à la portée de tous les orchestres tant la virtuosité des pupitres est mise à contribution. Mais la maîtrise instrumentale exceptionnelle de la phalange londonienne fait merveille dans la clarté du discours musical. Une pièce orchestrale spectaculaire qui en une petite quinzaine de minutes conquiert le public tant la symbiose du London Symphony Orchestra et de son chef titulaire montre ce plaisir de jouer, de faire jaillir l’humour, l’amour de la musique.

Alors que le hautboïste Emmanuel Abbühl souffrant avait été contraint au forfait pour le Concerto pour hautbois KV 314 de Mozart, en dernière minute, c’est avec l’Adagio de la Symphonie n°10 qui remplace le divin Mozart. Probablement plus inspiré que lors de sa performance parisienne de mars dernier, Valery Gergiev scelle son interprétation de cet adagio avec une densité dramatique quasi insoutenable. Dans cette sublime page mahlérienne, s’élevant comme une prière, son impalpable pianissimo initial prend le public dans un étau d’émotion. On ne respire plus, on ne bouge plus, comme un arrêt sur image, on est tétanisé par le trouble profond que le chef russe arrache de cette musique. Quand enfin s’ouvre l’accord de plénitude enveloppé de la voix des trombones, on reprend souffle. Reste que la tension émotionnelle de ce testament mahlérien étreint le cœur. Le public en harmonie avec la musique, l’orchestre et son chef se fond dans ces moments de muette contemplation. Et le silence respectueux qui suit l’ultime suraigu susurré du violon se prolonge quelques instants comme pour espérer que jamais ce silence ne soit rompu.

Quand entre la Symphonie n°3 de Tchaïkovski, on se dit que la tension extrême des deux œuvres précédentes se relâchera avec une musique réputée plus «facile». Et pourtant, il n’en est rien. Prenant son plus beau pinceau, Gergiev se fond immédiatement dans le discours coloré et sensé d’une symphonie qu’il rend passionnante. Un premier mouvement éclatant de «russitude» dont l’autorité et le brillant force une partie du public à l’applaudir. Continuant sa direction d’une grande cohérence, il bâtit la musique de cette 3e Symphonie comme il le ferait d’une maison. Sans heurts, sans autres désirs que de suivre une logique musicale solide, puissante. Un Gergiev et un London Symphony Orchestra monumentaux.

Bien évidemment, un triomphe couronne cette prestation exemplaire. Un concert plein. Avec un Valery Gergiev totalement retrouvé devant un orchestre magnifique.

Crédit photographique : photo © DR

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Genève. Victoria Hall. 18-V-2011. Rodion Chtchedrine (né en 1932) : Concerto pour orchestre n° 1 « Couplets polissons ». Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°10 en fa dièse majeur (Adagio). Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°3 en ré majeur » Polonaise » op. 29. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev

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