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György Kurtág, généalogies avec le Quatuor Hagen

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Schwetzingen. Château, Mozartsaal (Festival de Schwetzingen) 20-V-2011. György Kurtág (né en 1926) : Hommage à Mihály András, douze microludes op. 13 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Contrapuctus I à IV extraits de L’Art de la fugue BWV 1080 ; György Kurtág : Officium breve in memoriam Andreae Szervánsky op. 28 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes op. 130 (finale : Grande fugue op. 133). Quatuor Hagen.

Le n’est pas de ceux pour qui la musique de chambre n’est que luxe, calme et volupté. Sans aller jusqu’à consacrer une grande place à la musique contemporaine dans leur répertoire, les trois membres de la fratrie Hagen et leur collègue Rainer Schmidt ont un intérêt constant pour le XXe siècle et il n’était pas étonnant de les voir se charger d’un programme autour des deux quatuors centraux de la production de , après le fondateur Quartetto per archi op. 1 (1959) et avant les récents Moments musicaux op. 44 (2005).

Les op. 13 et 28, datés respectivement de 1978 et 1988, sont au répertoire de très nombreux quatuors, et les Hagen ont d’ailleurs enregistré les Microludes (Deutsche Grammophon, indisponible). Est-ce à dire qu’ils étaient les mieux placés pour ce concert monographique ?  s’est souvent montré réticent à l’idée que des musiciens stars s’emparent de ses œuvres, tant il craint que des idées préconçues ne viennent chez eux interférer avec l’indispensable humilité qu’il attend de ses interprètes face à chacune des notes qui composent ses denses partitions. Les Hagen sont de grands musiciens, sans aucun doute : le son irréel qu’ils donnent au 5e Microlude, Lontano, calmo, appena sentito, est admirable. Mais si la musique de Kurtág n’est pas de celles qui proscrivent l’expressivité, les moyens expressifs qu’emploient les Hagen n’en sont pas moins un profond contresens. Là où il faudrait creuser la note, en interroger la couleur, le rythme, la fragilité, les Hagen font confiance à une sorte d’approche en gros de la phrase musicale, où l’engagement presque physique des musiciens tiennent parfois lieu d’écoute et d’intime pudeur.

Cette approche extravertie est moins dommageable, sans doute, chez Bach ou chez Beethoven, deux compositeurs avec lesquels Kurtág entretient une relation créative de longue haleine. L’art de la fugue s’accommode de bien des approches, celle des Hagen étant aux antipodes de celle, dominante chez les quatuors d’aujourd’hui, qui souligne le caractère absolu, comme éthéré de cette musique de théoricien : cela ne va pas ici sans quelque brutalité, mais cette approche pleine de vie n’est pas sans séduction.

Il en va un peu de même chez Beethoven. La phrase souvent citée de Kurtág, «Ma langue maternelle, c’est Bartók, et la langue maternelle de Bartók, c’est Beethoven», semble après tout légitimer une approche beaucoup plus chargée d’énergie que les interprétations habituelles. Les Hagen ne parviennent pas cependant pas toujours à éviter les approximations dans les passages les plus agités, et c’est finalement dans les passages lents, où ils se mettent le moins en danger, que leur force de conviction est la plus grande.

Photo © Regina Recht/DGG

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Schwetzingen. Château, Mozartsaal (Festival de Schwetzingen) 20-V-2011. György Kurtág (né en 1926) : Hommage à Mihály András, douze microludes op. 13 ; Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Contrapuctus I à IV extraits de L’Art de la fugue BWV 1080 ; György Kurtág : Officium breve in memoriam Andreae Szervánsky op. 28 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor à cordes op. 130 (finale : Grande fugue op. 133). Quatuor Hagen.

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